Que faire à Oujda est une question que peu de guides traitent sérieusement, et c’est précisément ce qui rend la ville intéressante. Capitale de la région de l’Oriental, à l’extrême est du Maroc, Oujda est une grande ville universitaire et commerçante, fondée il y a plus de mille ans, que le tourisme international a largement ignorée. On y trouve une médina vivante, des portes historiques, une tradition musicale reconnue, et surtout une position centrale pour explorer un coin du pays méconnu : la plage de Saïdia, les montagnes des Beni Snassen et les gorges du Zegzel. Ce guide fait le tour de ce qu’il y a à voir, en ville et autour.
L’essentiel en dix lignes
- Oujda a été fondée à la fin du Xe siècle et constitue l’une des plus anciennes villes de l’est marocain.
- La médina est petite, animée et très peu touristique : on y circule sans sollicitation commerciale.
- Bab Sidi Abdelwahab est la porte emblématique de la ville, au débouché de la place centrale.
- L’oasis de Sidi Yahya, à quelques kilomètres, est une palmeraie ombragée doublée d’un lieu de pèlerinage ancien.
- Saïdia et ses quatorze kilomètres de plage se trouvent à environ une heure de route au nord.
- Les gorges du Zegzel et les Beni Snassen offrent le plus beau paysage de la région, vers Berkane.
- Oujda est un berceau du raï, genre musical né dans cette région frontalière.
- Deux jours suffisent pour la ville, quatre à cinq avec la côte et la montagne.
- L’aéroport se situe à une douzaine de kilomètres au nord, avec de nombreuses liaisons européennes.
- La frontière terrestre avec l’Algérie est fermée : tout itinéraire doit en tenir compte.
Où se trouve Oujda, et ce que cela implique
Oujda occupe une plaine de l’extrême est du pays, à une soixantaine de kilomètres de la Méditerranée et à proximité immédiate de la frontière orientale. Cette position a façonné son histoire : ville-étape sur les routes caravanières, place commerçante, puis grande cité administrative. Elle est aujourd’hui la capitale régionale de l’Oriental et abrite une importante université.
Une information pratique à connaître avant de construire un itinéraire : la frontière terrestre avec l’Algérie est fermée depuis les années 1990. Aucun passage routier n’est possible depuis Oujda vers l’est. Les voyageurs qui enchaînent les deux pays doivent donc passer par les airs via un pays tiers, et les circuits terrestres s’organisent exclusivement vers l’ouest et le nord.
La médina et ses portes
La médina d’Oujda est modeste en superficie mais très vivante. Elle fonctionne d’abord pour ses habitants : on y trouve des marchés alimentaires, des merceries, des ateliers, et très peu de boutiques destinées aux visiteurs. Pour qui a déjà parcouru Fès ou Marrakech, le contraste est saisissant — personne ne vous interpelle, et l’on circule librement.
Les portes constituent les repères principaux. Bab Sidi Abdelwahab, la plus connue, s’ouvre sur la grande place et marque l’entrée traditionnelle de la ville ancienne. Bab El Gharbi, à l’ouest, et plusieurs autres accès ponctuent l’enceinte. La grande mosquée, d’origine médiévale, en occupe le cœur ; comme partout au Maroc, l’intérieur n’est pas ouvert aux visiteurs non musulmans, mais l’extérieur et le minaret se contemplent depuis les ruelles.

Photo : via Wikimedia Commons
La place centrale et la ville moderne
Devant la médina s’étend la grande place qui sert de centre de gravité à Oujda. Cafés, terrasses, kiosques et allées plantées en font le lieu où la ville se rassemble, surtout en fin d’après-midi. Autour, la ville moderne déploie ses avenues rectilignes, ses bâtiments administratifs et ses commerces.
Le parc Lalla Aïcha, au sud du centre, offre une respiration appréciable : jardins, plans d’eau et aires de jeux. C’est le genre d’endroit où l’on mesure qu’Oujda est avant tout une ville où l’on vit, et non une ville que l’on visite.
L’oasis de Sidi Yahya
À quelques kilomètres à l’est du centre, une palmeraie alimentée par des sources forme une oasis urbaine inattendue dans un environnement par ailleurs sec. Le site abrite un sanctuaire très ancien, objet d’un pèlerinage de longue date, et l’ensemble constitue un lieu de promenade familial le week-end.
Pour le visiteur, l’intérêt est double : l’ombre et la fraîcheur, précieuses en été, et le contraste avec la plaine aride qui entoure la ville. Comptez une à deux heures, et préférez la matinée ou la fin de journée.
Saïdia, la grande plage de la région
C’est la sortie la plus populaire depuis Oujda. Saïdia aligne environ quatorze kilomètres de sable fin sur la Méditerranée, à une heure de route au nord. Longtemps simple station balnéaire locale, elle s’est dotée d’une marina et d’un ensemble hôtelier qui en font aujourd’hui l’une des destinations balnéaires majeures du nord-est marocain.

Photo : via Wikimedia Commons
La plage est très large et peu pentue, ce qui la rend confortable avec des enfants. En juillet et en août, elle est bondée ; en juin et en septembre, la mer reste bonne et l’espace abondant. Hors saison, la station retombe dans un calme presque total, que certains apprécieront et d’autres trouveront désert.
Les gorges du Zegzel et les Beni Snassen
C’est le paysage le plus remarquable de la région, et il reste très peu fréquenté. Au nord-ouest d’Oujda, en direction de Berkane, le massif des Beni Snassen est entaillé par les gorges du Zegzel : une route étroite suit le fond de la vallée entre des parois calcaires, au milieu de terrasses cultivées, d’oliviers et de vergers d’agrumes.
Sur le parcours, la grotte dite du Chameau, formée de concrétions, se visite à certaines périodes. Plus haut, le village de Tafoughalt occupe un balcon avec vue sur la plaine, et l’air y est sensiblement plus frais qu’en bas. Prévoyez une journée complète au départ d’Oujda, voiture indispensable, et roulez prudemment : la chaussée est étroite et les virages serrés.
Oujda et le raï
La région frontalière de l’est a joué un rôle central dans la naissance et la diffusion du raï, genre musical populaire devenu international. Oujda en est l’un des foyers reconnus, et la ville revendique cet héritage à travers ses salles, ses festivals et une scène locale toujours active. Pour un visiteur, c’est une porte d’entrée intéressante vers une culture urbaine qui n’a rien à voir avec l’image touristique habituelle du Maroc.
Renseignez-vous sur la programmation au moment de votre séjour : les concerts ne suivent pas un calendrier régulier, mais la saison estivale est généralement la plus riche.

Photo : via Wikimedia Commons
Berkane et la plaine des agrumes
Entre Oujda et la mer s’étend la plaine du Trifa, irriguée par la Moulouya, l’un des plus longs fleuves du pays. C’est la grande région agricole de l’Oriental, consacrée en bonne partie aux agrumes, et la ville de Berkane en constitue le centre. Au printemps, la floraison des orangers parfume des kilomètres de route ; à l’automne et en hiver, les étals croulent sous les fruits.
La traversée de cette plaine se fait naturellement sur le trajet vers Saïdia, et elle mérite un arrêt. L’embouchure de la Moulouya, classée pour sa valeur écologique, abrite une zone humide fréquentée par de nombreux oiseaux, et le contraste entre les cultures irriguées, les dunes et la mer donne une idée juste de la diversité de cette région.
Les hammams et la vie de quartier
Oujda étant peu touristique, les usages y restent ceux d’une ville marocaine ordinaire, ce qui est précisément ce que cherchent certains voyageurs. Les hammams de quartier, les fours à pain collectifs et les cafés de rue continuent de structurer la vie quotidienne. Les prix pratiqués sont ceux des habitants, sans grille destinée aux visiteurs.
Deux conseils pour en profiter sans faux pas. Renseignez-vous sur les horaires, les établissements alternant généralement les créneaux réservés aux hommes et aux femmes au fil de la journée. Et prévoyez votre propre nécessaire de toilette : contrairement aux établissements des quartiers touristiques des grandes villes, rien n’est fourni par défaut.
Combien de jours rester
| Durée | Programme réaliste | Pour qui |
|---|---|---|
| 1 journée | Médina, place centrale, oasis de Sidi Yahya | Escale entre deux vols |
| 2 jours | La ville, plus une journée à Saïdia | Premier séjour |
| 4 à 5 jours | On ajoute le Zegzel, Berkane et la côte | Découverte complète de l’Oriental |
| Base de séjour | Rayonnement vers Nador et le Rif oriental | Voyageur motorisé |
Quand venir à Oujda
Le climat d’Oujda est nettement plus continental que celui des villes côtières : les étés y sont chauds et secs, les hivers frais avec des nuits froides. L’écart entre le jour et la nuit est important toute l’année.
| Période | Conditions | À savoir |
|---|---|---|
| Mars à mai | Doux, campagne verte, agrumes en fleur | La meilleure période pour la montagne |
| Juin à août | Chaud et sec en ville | Bon pour Saïdia, lourd pour la médina à midi |
| Septembre et octobre | Agréable, mer encore chaude | Excellent compromis ville et plage |
| Novembre à février | Frais le jour, froid la nuit | Prévoir des vêtements chauds, averses possibles |
Arriver à Oujda en avion
L’aéroport d’Oujda-Angads se trouve à une douzaine de kilomètres au nord de la ville. Il occupe une place importante dans le réseau marocain grâce aux liaisons avec l’Europe de l’Ouest, où réside une communauté nombreuse originaire de l’Oriental. Pour les horaires du jour, consultez les départs et arrivées en direct de l’aéroport d’Oujda.
Notre fiche de l’aéroport d’Oujda-Angads détaille les services, les accès et l’organisation du terminal, et notre page sur les restaurants de l’aéroport d’Oujda recense les options avant l’embarquement.
Arriver par la route ou par le train
Oujda est le terminus de la ligne ferroviaire est-ouest, reliée à Fès, Meknès, Rabat et Casablanca. Le trajet est long mais confortable, et le train de nuit constitue une option appréciée pour relier le centre du pays. Par la route, comptez environ deux heures depuis que faire à Nador et une heure depuis Berkane. Les axes sont corrects et la signalisation claire.
Se déplacer sur place
En ville, les petits taxis règlent la plupart des trajets, et le centre se parcourt à pied : la médina, la place et le parc sont voisins. Pour Saïdia, les grands taxis partent d’une station dédiée, et des liaisons routières existent en saison. Pour les gorges du Zegzel et les Beni Snassen, en revanche, une voiture est pratiquement indispensable : aucun transport régulier ne dessert correctement ces vallées.
Où dormir
Oujda dispose d’une offre hôtelière orientée vers la clientèle d’affaires et la diaspora plus que vers le tourisme de loisir. Le centre-ville concentre l’essentiel, avec l’avantage de la proximité immédiate de la médina et des cafés. Si votre séjour est centré sur la plage, logez directement à Saïdia : faire l’aller-retour tous les jours depuis Oujda représente deux heures de route quotidiennes.
Manger à Oujda
La cuisine de l’Oriental partage beaucoup avec celle du reste du pays, mais la région a ses spécialités : préparations à base de viande grillée, soupes épaisses, pains cuits au four de quartier. Les étals du marché de la médina sont le meilleur endroit pour une dégustation sans détour, en milieu de journée. Les avenues du centre alignent par ailleurs une offre de grillades et de restauration courante.
À noter : les agrumes de la plaine de Berkane, toute proche, sont réputés dans tout le pays. En saison, les jus pressés que l’on trouve en ville valent largement le détour.
Le thé à la menthe se boit ici comme partout au Maroc, mais la région a aussi une tradition d’infusions à base de plantes de montagne ramassées dans les Beni Snassen, que l’on trouve chez les herboristes du marché. Demandez conseil plutôt que de choisir au hasard : les mélanges varient beaucoup et certains sont très concentrés. C’est, avec les agrumes et le miel de la région, l’un des rares souvenirs comestibles réellement locaux que l’on puisse rapporter d’Oujda.
Oujda en une journée : un itinéraire qui tient debout
Si vous ne disposez que d’une journée, commencez tôt par la médina, avant que la chaleur ne monte et pendant que les marchés travaillent. Entrez par Bab Sidi Abdelwahab, laissez-vous porter par les ruelles commerçantes, puis ressortez côté grande mosquée. Une heure et demie suffisent, et c’est le moment où la ville est la plus vivante.
Enchaînez par la grande place et un café en terrasse, puis prenez la direction de l’oasis de Sidi Yahya pour le milieu de journée : l’ombre des palmiers y rend les heures chaudes supportables, et le site se parcourt sans effort. Revenez en ville en fin d’après-midi pour le parc Lalla Aïcha, puis terminez sur la place, qui s’anime nettement à la tombée du jour.
Ce découpage a un avantage : il place les deux moments en extérieur sans ombre — la médina et la place — aux heures où le soleil est bas, et la palmeraie au moment où elle sert le plus. Inversé, le même programme devient pénible de mai à septembre.
Que faire à Oujda avec des enfants
La ville elle-même offre peu d’attractions conçues pour les enfants, mais le parc Lalla Aïcha avec ses aires de jeux et ses plans d’eau remplit bien cet office. La vraie réponse se trouve à l’extérieur : Saïdia et sa plage très plate conviennent parfaitement aux jeunes enfants, et l’oasis de Sidi Yahya offre une promenade ombragée courte. Les gorges du Zegzel, en revanche, supposent une longue journée de voiture peu adaptée aux plus petits.
Combiner Oujda avec une autre étape
Deux itinéraires fonctionnent bien. Vers le nord et l’ouest, la boucle Berkane, Saïdia, puis que faire à Nador et la côte rifaine, qui donne un circuit littoral cohérent sur quatre à six jours. Vers l’ouest, le train vers Taza et Fès, pour basculer de l’Oriental aux villes impériales. Si vous cherchez un contraste complet avec cette région sèche et continentale, le littoral atlantique propose un tout autre climat : voyez que faire à Essaouira.
Les erreurs les plus fréquentes
La première est de venir avec les attentes d’une ville impériale : Oujda n’a ni les monuments de Fès ni les souks de Marrakech, et la juger sur ce critère revient à passer à côté. La deuxième est de rester en ville sans véhicule, alors que les trois plus beaux sites de la région sont à l’extérieur. La troisième est de planifier un passage terrestre vers l’est, impossible du fait de la fermeture de la frontière. La quatrième est de sous-estimer l’écart de température entre le jour et la nuit, qui surprend régulièrement les visiteurs d’automne et d’hiver.
Questions fréquentes sur Oujda
Oujda vaut-elle le détour pour un touriste ?
Oui, à condition de chercher autre chose qu’un patrimoine monumental. La ville offre une médina authentique sans pression commerciale, une vie urbaine réelle, et surtout un accès facile à Saïdia, aux gorges du Zegzel et aux Beni Snassen, trois sites remarquables et peu fréquentés.
Combien de temps faut-il pour aller d’Oujda à Saïdia ?
Environ une heure de route vers le nord. Des grands taxis assurent la liaison, et la desserte s’intensifie en saison estivale. Pour un séjour balnéaire, il est plus confortable de loger sur place que de faire l’aller-retour chaque jour.
Peut-on passer en Algérie depuis Oujda ?
Non. La frontière terrestre est fermée depuis les années 1990 et aucun passage routier n’est possible. Les voyageurs qui souhaitent se rendre dans les deux pays doivent emprunter l’avion via un pays tiers et prévoir leur itinéraire en conséquence.
Quelle est la meilleure période pour visiter Oujda ?
Le printemps, de mars à mai, pour la ville et surtout pour la montagne, quand la campagne est verte. Septembre et octobre constituent un excellent compromis si vous combinez la ville et la plage, la mer restant chaude à cette période.
À quelle distance se trouve l’aéroport du centre d’Oujda ?
Environ douze kilomètres au nord de la ville, soit une quinzaine à vingt minutes de trajet selon la circulation. Les taxis assurent la liaison en continu aux heures d’arrivée des vols.
Faut-il une voiture pour visiter la région ?
Pour la ville, non. Pour Saïdia, les grands taxis suffisent. Pour les gorges du Zegzel, Tafoughalt et les Beni Snassen, une voiture est pratiquement indispensable : ces vallées ne sont pas desservies de façon utilisable par un visiteur.
En résumé
Oujda est une ville où l’on vit plus qu’une ville que l’on visite, et c’est son intérêt : médina sans sollicitation, place animée, oasis à quelques kilomètres. Le vrai programme se joue aux alentours, entre les quatorze kilomètres de sable de Saïdia et les gorges du Zegzel. Comptez deux jours pour la ville, quatre à cinq avec la région, louez une voiture, et visez le printemps ou le début de l’automne.
Sources
Données historiques et de localisation : Encyclopædia Britannica. Les dessertes aériennes citées proviennent de notre suivi des lignes régulières, révisé en continu ; les fréquences varient selon la saison et doivent être vérifiées auprès des compagnies.



