La médersa Al Attarine est un collège coranique construit entre 1323 et 1325 par le sultan mérinide Abu Said Uthman II, au cœur de la médina de Fès, à quelques pas de la mosquée Al Quaraouiyine : c’est l’une des médersas les plus finement décorées du Maroc, et elle se visite aujourd’hui pour un tarif modeste, généralement annoncé à 20 dirhams. Sa cour tient dans un mouchoir de poche, mais chaque centimètre carré y est travaillé, du sol en zellige jusqu’aux auvents de cèdre sculpté.
Beaucoup de visiteurs la découvrent par hasard, en débouchant du souk des épices, et ressortent vingt minutes plus tard en se demandant pourquoi aucun guide ne les avait prévenus. Cette page vous donne ce qu’il faut savoir avant d’entrer : qui l’a bâtie et pourquoi, comment lire son décor, où regarder, comment s’y rendre sans se perdre, et comment choisir entre elle et sa grande rivale, Bou Inania.
En bref
- Fondation : ordonnée par le sultan mérinide Abu Said Uthman II (règne 1310-1331), construite de 1323 à 1325.
- Nom : elle doit son nom au souk al-Attarine, le marché des épiciers et des parfumeurs qui la borde.
- Fonction d’origine : loger et nourrir des étudiants venus suivre l’enseignement de la Quaraouiyine voisine, soit une cinquantaine à une soixantaine de pensionnaires.
- Architecture : une cour à deux niveaux, une salle de prière à l’est, une trentaine de chambres à l’étage, sur une parcelle très étroite.
- Décor : zellige au sol et en soubassement, stuc sculpté, cèdre ciselé, colonnes de marbre et portes plaquées de bronze.
- Statut : monument historique classé depuis 1915, dans la médina de Fès inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1981.
- Visite : entrée payante (20 DH le plus souvent annoncés), comptez 30 à 45 minutes, horaires à vérifier sur place.

Pourquoi la médersa Al Attarine passe pour le sommet du décor mérinide
Les Mérinides, dynastie berbère qui domine le Maroc du XIIIe au XVe siècle, ont fait de Fès leur capitale et l’ont couverte de médersas. Plusieurs sont plus grandes que celle-ci. Bou Inania, construite une génération plus tard, est plus monumentale, plus ambitieuse, dotée d’un minaret. Pourtant, historiens de l’art et visiteurs attentifs reviennent souvent au même verdict : c’est à Al Attarine que l’équilibre entre les matériaux est le plus abouti.
La raison tient à une contrainte. Le terrain disponible, coincé entre les boutiques du souk et le flanc de la Quaraouiyine, était minuscule. Les bâtisseurs n’avaient pas la place de jouer sur les volumes ; ils ont donc tout misé sur la surface. Le résultat est une cour où l’œil ne trouve aucun mur nu. Le zellige couvre le sol et le bas des parois, une frise calligraphiée court à hauteur de regard, le stuc prend le relais jusqu’aux fenêtres de l’étage, et le cèdre ferme le tout sous les toits. Chaque matériau occupe sa bande, sans empiéter sur celle du voisin. C’est cette discipline, plus que la profusion, qui fait la réputation du lieu.
Autre point qui la distingue : son usage astucieux de l’espace. L’article de référence que lui consacre l’encyclopédie collaborative, appuyé sur les travaux de Georges Marçais et de Jonathan Bloom, souligne précisément cette « utilisation efficace d’un espace limité ». On le vérifie sur place : l’entrée coudée, la salle de prière désaxée et l’escalier glissé dans un angle sont autant de solutions trouvées pour faire tenir un programme complet dans une parcelle ingrate.
Histoire de la médersa Al Attarine
Abu Said Uthman II, un sultan bâtisseur plutôt que guerrier
Abu Said Uthman II est le neuvième sultan mérinide. Né à Fès en 1276, il règne de novembre 1310 à août 1331 et meurt à Taza. Les chroniques le décrivent comme pieux et peu porté sur les campagnes militaires ; il rend d’ailleurs Algésiras et Ronda au souverain de Grenade en 1313 pour réduire les engagements marocains en Péninsule ibérique. Son règne est surtout marqué par les révoltes de son fils Abu Ali et par une activité de fondation soutenue à Fès.
Trois médersas lui sont attribuées dans la ville : celle de Fès el-Jdid en 1320, celle d’Es-Sahrij commencée en 1321 par son fils et héritier Abu al-Hasan, puis Al Attarine de 1323 à 1325. Les sources rapportent que le sultan assista en personne à la pose des fondations, et que le chantier fut confié au cheikh Abu Muhammad Abdallah ibn Qasim al-Mizwar. Al Attarine arrive donc au terme d’une petite série : les équipes qui y travaillent ont déjà rodé leurs techniques à Sahrij, dont le zellige compte parmi les plus anciens conservés dans une médersa marocaine.
Un nom venu du souk des épiciers et des parfumeurs
Le mot arabe attar désigne le marchand d’épices, de drogues médicinales et de parfums ; attarine en est le pluriel. Le souk al-Attarine était l’un des marchés les plus prestigieux de la médina, placé au plus près de la grande mosquée, là où se concentraient les commerces de valeur. Donner ce nom à la médersa revenait à l’ancrer dans le quartier le plus central et le plus fréquenté de Fès el-Bali. Aujourd’hui encore, le parcours qui y mène traverse des étals d’épices, de henné et d’articles de droguerie traditionnelle, même si les boutiques de souvenirs ont gagné du terrain.
Une résidence pour les étudiants de la Quaraouiyine
Une médersa mérinide n’est pas une université au sens moderne. L’enseignement principal se donnait à la mosquée-université Al Quaraouiyine, toute proche ; la médersa, elle, logeait les étudiants, leur fournissait le pain et abritait des cours complémentaires. Al Attarine était financée par des biens habous, c’est-à-dire des propriétés inaliénables dont les revenus entretenaient l’édifice et rémunéraient un imam, des muezzins et des enseignants. Elle pouvait accueillir une cinquantaine à une soixantaine d’étudiants, venus pour beaucoup des villes du nord-ouest du pays, comme Tanger, Larache ou Ksar el-Kébir, et formés surtout au droit et à la jurisprudence islamiques.
Le choix n’était pas seulement pieux. En multipliant les médersas, les sultans mérinides formaient des juristes de rite malékite acquis à leur pouvoir et affirmaient leur légitimité face aux autorités religieuses traditionnelles. Chaque fondation portait le nom du souverain dans ses inscriptions ; à Al Attarine, le lustre de bronze de la salle de prière porte encore une inscription à la louange de son fondateur.
Du classement de 1915 aux restaurations récentes
La médersa est classée monument historique depuis 1915, parmi les tout premiers édifices protégés au Maroc. Elle a connu plusieurs campagnes de restauration menées dans le respect de son style d’origine. La plus récente s’inscrit dans le programme de réhabilitation des médersas historiques de la médina de Fès, lancé le 4 mars 2013 sous l’égide du roi Mohammed VI et mené avec l’Agence pour la dédensification et la réhabilitation de la médina de Fès (ADER-Fès). Une cérémonie a marqué l’achèvement de ce programme le 23 mai 2017. Plusieurs témoignages de visiteurs et guides indiquent qu’Al Attarine est restée fermée au public pendant une partie de ces travaux ; elle est ouverte à la visite aujourd’hui, mais une fermeture ponctuelle pour entretien reste possible, d’où l’intérêt de se renseigner la veille auprès de votre hébergement.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1276 | Naissance à Fès du futur sultan Abu Said Uthman II |
| 1310 | Début de son règne |
| 1320 | Fondation de la médersa de Fès el-Jdid |
| 1321-1323 | Médersa Es-Sahrij, lancée par le prince héritier Abu al-Hasan |
| 1323-1325 | Construction de la médersa Al Attarine |
| 1331 | Mort du sultan à Taza |
| 1350-1355 | Construction de la médersa Bou Inania par Abu Inan Faris |
| 1915 | Classement d’Al Attarine comme monument historique |
| 1981 | Inscription de la médina de Fès au patrimoine mondial de l’UNESCO |
| 2013-2017 | Programme royal de restauration des médersas historiques de Fès |
Ce que l’on voit dans la médersa Al Attarine, de l’entrée à l’étage
L’entrée coudée et les portes de bronze
On n’entre pas dans la cour en ligne droite. Depuis la rue, un vestibule en L fait tourner le visiteur, ce qui préservait autrefois l’intimité des étudiants et empêchait les passants du souk de voir l’intérieur. Un écran de bois ajouré, de type moucharabieh, filtre encore le regard. Du côté nord de ce vestibule se trouvait la salle d’ablutions, la mida’a, indispensable à tout édifice qui abrite une salle de prière.
Arrêtez-vous avant de franchir le seuil pour regarder les vantaux. Ils sont en cèdre recouvert de plaques de bronze qui dessinent un réseau d’entrelacs géométriques ; au centre d’étoiles à huit branches apparaissent des inscriptions en écriture coufique. Ce type de revêtement métallique prolonge une tradition plus ancienne, déjà présente à l’époque almoravide. Les études publiées indiquent que les vantaux d’origine ont été mis à l’abri au musée du Batha ; ce que vous voyez à l’entrée peut donc relever d’une restitution fidèle, ce qui ne retire rien à la leçon de géométrie.
La cour : trois registres, trois matériaux
La cour est rectangulaire et allongée d’ouest en est. Au centre, une vasque de marbre occupe le milieu d’un pavement en damier. Levez ensuite les yeux en suivant les trois étages du décor.
- En bas, le zellige : des milliers de petites pièces de terre cuite émaillée, taillées une à une et assemblées en compositions d’étoiles et de polygones. Le soubassement monte à hauteur d’épaule.
- À hauteur de regard, une frise épigraphique en céramique : c’est la ligne à lire, celle qui porte des textes à la gloire de Dieu et du fondateur.
- Au-dessus, le stuc sculpté : arabesques, motifs végétaux, alvéoles de muqarnas, réseaux losangés appelés sebka, qui couvrent les piliers et les murs jusqu’aux fenêtres de l’étage.
- Tout en haut, le cèdre : linteaux, consoles et auvents sculptés, qui protègent le stuc de la pluie et projettent sur lui des ombres changeantes.
Les arcs de cèdre et les colonnes de marbre
Le long des côtés de la cour, des galeries s’ouvrent par des arcs d’une construction originale : deux piliers carrés et des colonnes de marbre portent trois arcs de bois sculpté, encadrés de petits arcs de stuc à muqarnas. Le bois, sombre et chaud, tranche avec la blancheur crémeuse du stuc. Les chapiteaux des colonnes méritent qu’on s’en approche : ils sont d’une finesse rare, sculptés de feuillages stylisés qui témoignent d’un savoir-faire hérité d’al-Andalus.
La salle de prière, son mihrab désaxé et son lustre mérinide
Au fond de la cour, à l’est, une grande porte de cèdre surmontée d’un arc à lambrequins et d’un intrados de muqarnas donne sur la salle de prière. Cette salle rectangulaire réserve une surprise : son mihrab, la niche qui indique la direction de La Mecque, n’est pas dans l’axe de la cour mais sur un mur latéral, perpendiculaire à l’axe principal du bâtiment. Là encore, c’est la parcelle qui a imposé cette solution. Une galerie à trois arcs, côté nord, permet de dégager au centre un espace carré couvert d’une coupole de bois ornée d’étoiles géométriques.
Deux détails valent le coup d’œil. Les fenêtres hautes sont garnies de verre coloré serti dans des grilles de plomb, et non de simples claustras de stuc comme souvent ailleurs, ce qui teinte la lumière. Et un lustre de bronze d’époque mérinide pend encore dans la salle, avec son inscription à la louange du fondateur. L’accès des visiteurs à la salle se limite en général au seuil ou à une zone délimitée ; respectez les cordons et regardez depuis l’entrée si l’accès est fermé.
L’étage des chambres d’étudiants
Un escalier qui part du côté sud du vestibule d’entrée mène à l’étage, où une trentaine de chambres s’alignent autour du vide central. Elles sont petites, sobres, éclairées par des fenêtres qui donnent sur la cour : on mesure le contraste entre le luxe des espaces communs et l’austérité de la vie quotidienne des pensionnaires. Quand l’étage est ouvert, ce qui n’est pas systématique, montez-y : la vue plongeante sur le zellige de la cour change complètement la perception du décor, et certaines ouvertures laissent deviner les toits de tuiles vertes de la Quaraouiyine.

Lire le décor : quatre choses à repérer
Le décor d’Al Attarine peut sembler saturé au premier regard. Il suit pourtant une grammaire précise, et quelques repères suffisent pour passer de l’éblouissement à la compréhension.
- La géométrie du zellige. Choisissez une étoile au sol ou sur un mur et suivez les lignes qui en partent : elles se prolongent sans fin et rejoignent d’autres étoiles. Cette idée d’un motif sans début ni fin est au cœur de l’art islamique occidental.
- L’écriture. Repérez la différence entre le coufique, anguleux et vertical, et le cursif, plus souple. Le coufique se trouve souvent en panneaux ou sur les portes, le cursif dans les frises courantes.
- Les muqarnas. Ces petites alvéoles superposées, qui ressemblent à des stalactites ou à un nid d’abeilles, servent de transition entre une surface plane et une courbe : regardez-les au creux des arcs et sous les consoles.
- Le travail du bois. Sous les auvents, les poutres et consoles de cèdre portent des motifs sculptés d’une grande précision, que la lumière rasante de fin de matinée met particulièrement en valeur.
Un conseil de méthode : faites d’abord le tour de la cour sans appareil photo, en regardant uniquement le niveau des yeux, puis recommencez en regardant uniquement vers le haut. Cette visite en deux temps prend dix minutes de plus et évite de ressortir avec deux cents photos et aucun souvenir précis.
Médersa Al Attarine ou Bou Inania : laquelle visiter ?
La question revient chez presque tous les voyageurs pressés. Notre réponse est nette : si vous avez le temps, visitez les deux, car elles ne racontent pas la même chose. Si vous ne pouvez en voir qu’une et que vous aimez le détail, choisissez Al Attarine ; si vous préférez l’ampleur et l’effet de monument, choisissez Bou Inania. Notre article consacré à la médersa Bou Inania détaille sa visite ; voici l’essentiel de la comparaison.
| Critère | Al Attarine | Bou Inania |
|---|---|---|
| Fondateur | Abu Said Uthman II | Abu Inan Faris |
| Dates | 1323-1325 | 1350-1355 |
| Emplacement | Au bout de la Tala’a Kebira, contre la Quaraouiyine | Sur la Tala’a Kebira, près de Bab Boujloud |
| Taille | Petite, parcelle très contrainte | Nettement plus vaste (bâtiment principal d’environ 35 x 39 m) |
| Fonction religieuse | Médersa avec salle de prière | Seule médersa du Maroc ayant aussi servi de mosquée du vendredi, avec minaret |
| Point fort | Densité et harmonie du décor | Monumentalité, minaret, horloge hydraulique en face |
| Salle de prière | Visible depuis le seuil en général | Interdite aux non-musulmans |
| Affluence | Variable, pics en milieu de journée | Souvent plus fréquentée, car proche de l’entrée de la médina |
Un itinéraire logique consiste à commencer par Bou Inania, près de Bab Boujloud, puis à descendre la Tala’a Kebira jusqu’à Al Attarine : on passe ainsi de la médersa la plus imposante à la plus raffinée, et le contraste aide à apprécier chacune. Les amateurs peuvent compléter avec la médersa Cherratine, fondée bien plus tard sous la dynastie alaouite et d’un style beaucoup plus sobre, située à deux pas.
Visiter la médersa Al Attarine : accès, horaires, tarif et conseils
| Information | Détail |
|---|---|
| Adresse | Souk al-Attarine, extrémité de la Tala’a Kebira, Fès el-Bali, à côté de la Quaraouiyine |
| Horaires | En journée, tous les jours, généralement de 9 h à 18 h environ ; certaines sources donnent 8 h 30-12 h 30 et 14 h 30-18 h 30. Fermetures possibles aux heures de prière, à vérifier sur place |
| Tarif | 20 DH par adulte le plus souvent affichés ; tarif réduit parfois annoncé pour les groupes, à vérifier au guichet |
| Paiement | Prévoyez des espèces en dirhams et de la petite monnaie |
| Durée | 30 à 45 minutes, une heure si l’étage est ouvert et que vous prenez le temps de lire le décor |
| Tenue | Épaules et genoux couverts recommandés |
| Photo | Généralement autorisée sans flash dans la cour ; éviter le trépied |
| Accessibilité | Marches à l’entrée et escalier pour l’étage ; accès difficile en fauteuil roulant |
Y aller depuis Bab Boujloud, pas à pas
Bab Boujloud, la porte aux faïences bleues à l’ouest de la médina, reste le point de départ le plus simple. Des deux grandes rues qui descendent vers le centre, prenez la Tala’a Kebira, celle qui passe devant la médersa Bou Inania. Suivez-la en descente sans la quitter : elle traverse des quartiers de bouchers, de cordonniers et de marchands de babouches, passe près de la mosquée des Cherabliyine, puis se resserre en approchant du cœur commerçant. Quand les boutiques d’épices et de produits de droguerie se multiplient, vous êtes dans le souk al-Attarine. La médersa se trouve là où la rue vient buter contre la Quaraouiyine ; si vous hésitez, demandez « Médersa Attarine » à un commerçant plutôt qu’à un rabatteur. Comptez un peu plus d’un kilomètre de marche, soit 20 à 30 minutes selon les arrêts.
Autre option, plus courte à pied : se faire déposer en taxi à Bab Rcif, au sud-est de la médina, puis remonter par la place Seffarine et longer la Quaraouiyine. Cet itinéraire convient bien si vous logez côté ville nouvelle. Si vous arrivez tout juste en avion, notre page sur l’aéroport de Fès-Saïss explique les options pour rejoindre la médina.
Horaires, tarif et fermetures
Les horaires publiés varient d’une source à l’autre, et aucun site officiel ne les tient à jour en ligne à notre connaissance. Retenez une ouverture en journée, tous les jours, avec des interruptions possibles au moment des prières, en particulier le vendredi à la mi-journée. Le tarif le plus souvent constaté est de 20 dirhams, payables en espèces au guichet. Pendant le mois de ramadan et les jours de fête religieuse, les horaires sont souvent réduits : dans ce cas, visez la fin de matinée.
Tenue et comportement
Même si la médersa ne fonctionne plus comme résidence étudiante ouverte au public, elle reste un lieu religieux, avec une salle de prière. Couvrez épaules et genoux, parlez à voix basse, ne vous asseyez pas sur le rebord de la vasque et ne touchez pas le stuc : ce matériau est fragile et chaque main laisse une trace grasse. Si des personnes prient dans la salle, reculez et attendez.
Meilleur moment et conseils photo
Venez à l’ouverture ou en fin d’après-midi. En milieu de journée, les groupes guidés se succèdent et le soleil tombe à pic dans la cour étroite : il écrase le relief du stuc et crée des contrastes violents entre zones éclairées et zones d’ombre. Le matin, la lumière entre en biais, glisse sur les sculptures et fait ressortir les muqarnas.
- Pour la vue d’ensemble, placez-vous à l’ouest de la cour, dos à l’entrée, et cadrez la vasque avec la porte de la salle de prière au fond : c’est la composition classique, symétrique.
- Un objectif grand-angle ou le mode 0,5x d’un smartphone est presque indispensable, tant la cour est étroite.
- Pour les détails, visez les chapiteaux, la frise calligraphiée et les consoles de cèdre, plutôt que de tout vouloir faire tenir dans une seule image.
- Photographiez le zellige en plongée depuis l’étage si celui-ci est accessible.
- Ne photographiez pas les personnes en prière, et demandez avant de photographier le gardien.
Les erreurs à éviter
- Suivre un « guide » improvisé qui vous aborde dans la Tala’a Kebira en affirmant que la médersa est fermée : c’est un classique pour vous emmener ailleurs. Allez vérifier par vous-même.
- Confondre Al Attarine avec la Quaraouiyine : la grande mosquée est interdite aux non-musulmans, qui peuvent seulement regarder par les portes ; la médersa, elle, se visite.
- Arriver sans monnaie : le guichet n’a pas toujours de quoi rendre sur un gros billet.
- Enchaîner cinq médersas dans la même matinée : au bout de la troisième, l’œil sature et l’on ne voit plus rien. Mieux vaut deux bien regardées.
Aux alentours de la médersa Al Attarine
La médersa se trouve au point le plus dense de la médina. En moins de dix minutes de marche, vous pouvez rejoindre plusieurs sites majeurs, ce qui en fait une étape idéale au milieu d’une journée de visite.
- La Quaraouiyine : ses portes s’ouvrent à quelques mètres ; depuis l’une d’elles, on aperçoit la cour et ses fontaines. Son histoire, du IXe siècle à aujourd’hui, est détaillée dans notre article dédié.
- La place Seffarine : de l’autre côté de la Quaraouiyine, la place des dinandiers résonne des coups de marteau sur le cuivre ; elle abrite aussi la médersa Seffarine, fondée en 1271, la première des médersas mérinides de Fès.
- La zaouïa Moulay Idriss II : le sanctuaire du fondateur de Fès, tout proche, est interdit aux non-musulmans à l’intérieur, mais ses abords et ses portes décorées se voient depuis la rue.
- Le fondouk Nejjarine : un ancien caravansérail qui abrite aujourd’hui un musée des arts et métiers du bois, idéal pour prolonger l’observation du cèdre sculpté.
- Les souks : épices, cuivre, babouches, tissus… Notre guide des souks de Fès aide à s’y retrouver et à négocier sans stress.
- Le musée Al Batha des arts de l’islam : rouvert en février 2025 par la Fondation nationale des musées après restauration, il se trouve près de Bab Boujloud, donc à combiner avec le début ou la fin de l’itinéraire.
Pour organiser le reste de votre séjour, notre guide que faire à Fès propose des itinéraires sur un, deux ou trois jours.
FAQ sur la médersa Al Attarine
Qui a construit la médersa Al Attarine ?
Le sultan mérinide Abu Said Uthman II, qui régna de 1310 à 1331. Les travaux ont eu lieu entre 1323 et 1325, sous la supervision du cheikh Abu Muhammad Abdallah ibn Qasim al-Mizwar.
Que signifie « Attarine » ?
C’est le pluriel d’attar, le marchand d’épices et de parfums. La médersa porte le nom du souk al-Attarine, le marché des épiciers et parfumeurs qui l’entoure encore aujourd’hui.
Combien coûte l’entrée de la médersa Al Attarine ?
Le tarif généralement affiché est de 20 dirhams par adulte, payable en espèces. Ce montant n’est pas publié sur un site officiel et peut changer : vérifiez au guichet.
La médersa Al Attarine est-elle ouverte aux non-musulmans ?
Oui, la cour et, selon les périodes, l’étage se visitent sans distinction de religion. La salle de prière est en général observée depuis son seuil. C’est la grande différence avec la Quaraouiyine voisine, fermée aux non-musulmans.
Combien de temps faut-il prévoir ?
Entre 30 et 45 minutes suffisent pour une visite attentive. Prévoyez une heure si vous photographiez beaucoup ou si l’étage est ouvert.
Faut-il un guide pour visiter la médersa ?
Non, la visite se fait seul sans difficulté une fois sur place. Un guide officiel, reconnaissable à son badge, peut en revanche vous faire gagner du temps dans les ruelles et enrichir la lecture du décor. Refusez les guides non officiels qui vous abordent dans la rue.
Al Attarine ou Bou Inania : laquelle est la plus belle ?
Bou Inania impressionne par sa taille et son minaret, Al Attarine par la densité et l’harmonie de son décor. Pour le détail et la finesse, Al Attarine l’emporte à nos yeux ; l’idéal reste de voir les deux le même jour, en descendant la Tala’a Kebira.
Des étudiants y vivent-ils encore ?
La médersa fonctionne aujourd’hui comme monument ouvert à la visite. Les chambres de l’étage ne sont pas présentées comme occupées par des étudiants ; le programme de restauration des médersas de Fès a toutefois cherché à rendre à certaines d’entre elles une vocation d’enseignement, ce qui peut évoluer.
En résumé
La médersa Al Attarine est un petit édifice qui concentre, sur une parcelle ingrate, ce que l’art mérinide a produit de plus maîtrisé : un zellige géométrique impeccable, une frise calligraphiée à hauteur d’yeux, un stuc ciselé et un couronnement de cèdre, organisés en registres sans confusion. Construite de 1323 à 1325 pour loger les étudiants de la Quaraouiyine, classée dès 1915 et restaurée dans le cadre du programme royal de 2013-2017, elle se visite en moins d’une heure pour une vingtaine de dirhams. Venez tôt, regardez à hauteur d’yeux avant de lever la tête, et associez-la à Bou Inania pour comprendre toute l’ambition des Mérinides.
Sources officielles
- UNESCO : Médina de Fès, patrimoine mondial
- ArchNet : Madrasa al-‘Attarin, Fès
- Fondation nationale des musées : musée Al Batha des arts de l’islam
- Wikipédia (anglais) : Al-Attarine Madrasa, avec bibliographie savante
Cet article est informatif et a été mis à jour en septembre 2026. Les tarifs, horaires et conditions d’accès de la médersa Al Attarine sont susceptibles d’évoluer : vérifiez-les sur place avant votre visite.
Crédit photo
Illustrations : image à la une « File:Médersa Attarine.jpg » — Houssain tork (CC BY-SA 4.0) ; « File:Al-Attarine Madrasa YAC 2017.jpg » — Alina Chan (Public domain) ; « File:Attarine – courtyard arch.jpg » — Ariel Gera (CC BY-SA 4.0), via Wikimedia Commons.



