Médersa Bou Inania à Fès : histoire, visite et horloge hydraulique

Cour pavée de marbre de la médersa Bou Inania à Fès avec façades en zellige, stuc et cèdre et minaret en arrière-plan

La médersa Bou Inania est le collège religieux que le sultan mérinide Abu Inan Faris fit élever à Fès entre décembre 1350 et 1355, sur la rue Tala’a Kebira, à deux pas de Bab Boujloud : c’est la seule médersa du Maroc qui ait aussi servi de mosquée du vendredi, avec son propre minaret, et l’un des rares édifices religieux de la médina où un visiteur non musulman peut entrer. On y passe rarement plus d’une heure, mais c’est l’heure la plus dense de Fès pour qui veut comprendre l’art mérinide : une cour de marbre traversée par un canal, des murs couverts de haut en bas de zellige, de stuc et de cèdre sculpté, et, juste en face, la façade énigmatique d’une horloge hydraulique inaugurée en 1357.

Cette page réunit ce que l’on sait de façon sûre sur le monument, ce qu’on y voit réellement une fois le seuil franchi, et les détails pratiques qui évitent de tomber sur une porte close à l’heure de la prière. Pour situer la visite dans un séjour plus large, notre guide complet de ce qu’il faut faire à Fès donne la vue d’ensemble.

En bref

  • Fondation : chantier ouvert le 28 décembre 1350 (28 ramadan 751 de l’hégire) selon l’inscription de la salle de prière, achevé en 1355.
  • Commanditaire : Abu Inan Faris, sultan mérinide proclamé en 1348 et mort en 1358 ; la médersa porte son nom.
  • Particularité : seule médersa marocaine qui fut aussi mosquée du vendredi, d’où son minaret et son ancien minbar, aujourd’hui conservé au musée Dar Batha.
  • Dimensions : environ 34,65 × 38,95 m au total, pour une cour d’environ 19,95 × 17,70 m pavée de marbre.
  • En face : Dar al-Magana, horloge hydraulique à douze fenêtres achevée en 1357, à l’arrêt depuis des générations.
  • Visite : entrée payante (20 dirhams d’après les relevés récents), fermeture pendant les prières et, en général, le vendredi ; la salle de prière se regarde depuis la cour.
  • Accès : quelques minutes à pied depuis Bab Boujloud, en descendant la rue Tala’a Kebira.
Cour de la médersa Bou Inania de Fès regardant vers les arcs ouverts de la salle de prière et le mihrab

L’histoire de la médersa Bou Inania : le chantier d’un sultan pressé

Abu Inan Faris, dix ans de règne et une ambition démesurée

Pour comprendre pourquoi cette médersa ne ressemble à aucune autre, il faut regarder son fondateur. Abu Inan Faris est le fils d’Abu al-Hasan, le sultan mérinide qui avait porté la dynastie à son extension maximale, jusqu’à Tunis. En 1348, alors que son père subit des revers en Ifriqiya, Abu Inan se proclame sultan de son côté. Il règne une dizaine d’années, jusqu’à son assassinat en janvier 1358, commandité par son vizir. Un règne court, arraché à un père encore vivant : un souverain dans cette position a besoin de montrer sa piété et sa légitimité, et rien ne le fait mieux, au XIVe siècle, qu’une grande fondation religieuse au cœur de la capitale.

Les Mérinides avaient déjà semé Fès de médersas : Seffarine, Sahrij, Attarine, Mesbahiya. Toutes sont implantées dans le cœur marchand et savant de Fès el-Bali, près de la Qarawiyyine ou, pour Sahrij, près de la mosquée des Andalous. Abu Inan choisit un autre emplacement, à l’ouest de la vieille ville, près de la kasbah de Bou Jeloud, c’est-à-dire sur le chemin qui relie la médina à Fès el-Jedid, la ville palatine fondée par sa dynastie. Le choix n’est pas neutre : la médersa se dresse là où le pouvoir mérinide et la ville ancienne se rencontrent.

Une médersa qui est aussi une mosquée du vendredi

Une médersa, au Maroc médiéval, est avant tout un internat : des chambres pour des étudiants venus de la campagne ou d’autres villes, une salle de prière modeste, des salles de cours, une fontaine d’ablutions. La prière collective du vendredi, avec son sermon (khutba), se tient ailleurs, dans les grandes mosquées. Bou Inania rompt avec ce modèle. Elle reçoit le statut de mosquée congrégationnelle, ce qui lui donne le droit de faire prononcer le prêche du vendredi. D’où deux éléments que les autres médersas n’ont pas, ou pas à cette échelle : un vrai minaret, visible de loin, et un minbar, la chaire à degrés d’où parle le prédicateur.

Ce statut a eu un effet durable : la salle de prière de Bou Inania est toujours utilisée pour le culte, ce qui explique les fermetures aux heures de prière et l’interdiction d’y entrer pour les non-musulmans. En revanche, sur le terrain de l’enseignement, la fondation d’Abu Inan n’a pas détrôné la Qarawiyyine. Au bout de quelques siècles, l’enseignement supérieur de Fès s’est de fait recentré sur la grande mosquée, et Bou Inania est restée d’abord un lieu de prière et de résidence.

Le livre de comptes jeté dans l’oued

Tous les guides de la médina vous la raconteront, souvent devant la porte : lorsque les maîtres d’œuvre, inquiets, présentèrent au sultan le coût total du chantier, Abu Inan aurait déchiré le registre et l’aurait jeté dans la rivière en déclarant que ce qui est beau n’est jamais cher, quel que soit le prix. Aucun document ne permet de vérifier la scène, et elle appartient à la tradition plus qu’à l’histoire. Elle dit pourtant une chose vraie : le décor de Bou Inania est le plus coûteux et le plus complet qu’aient laissé les Mérinides à Fès, et l’on comprend en le voyant que l’on n’a pas compté.

DateÉvénement
1348Abu Inan Faris se proclame sultan, du vivant de son père Abu al-Hasan.
28 décembre 1350Début du chantier, d’après l’inscription de fondation placée dans la salle de prière.
1355 (fin de chaabane 756 H)Achèvement de la médersa.
6 mai 1357Achèvement de Dar al-Magana, l’horloge hydraulique d’en face, rapporté par le chroniqueur al-Djaznai.
Janvier 1358Assassinat d’Abu Inan Faris.
XVIIe siècleRestaurations après un séisme destructeur.
1792-1822Sous le sultan alaouite Moulay Slimane, des pans de murs entiers sont reconstruits.
1981La médina de Fès, dont fait partie la médersa, est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Fin des années 1990 – début des années 2000Grande campagne de restauration du décor ; la façade de Dar al-Magana est restaurée au début des années 2000.
Chronologie de la médersa Bou Inania de Fès (dates d’après les inscriptions et les sources historiques recoupées).

Ce que l’on voit dans la médersa Bou Inania, pas à pas

Le plan de l’édifice est un rectangle légèrement irrégulier, adapté à un terrain contraint entre deux rues, Tala’a Kebira au nord et Tala’a Seghira au sud. Les chiffres donnés par la base Qantara, qui recense le patrimoine méditerranéen, fixent les proportions : environ 34,65 × 38,95 m pour l’ensemble, une salle de prière d’environ 17,10 × 9,65 m, une cour d’environ 19,95 × 17,70 m. L’impression, une fois dedans, est pourtant celle d’un espace plus vaste, parce que tout converge vers la cour à ciel ouvert.

L’entrée sur Tala’a Kebira et son vestibule

La porte principale s’ouvre sur Tala’a Kebira, la grande rue commerçante qui descend de Bab Boujloud vers le centre de la médina. C’est un arc outrepassé encadré de stuc, sous un auvent de bois. Détail qui ne se remarque qu’une fois à l’intérieur : cette entrée est dans l’axe du mihrab, la niche qui indique la direction de La Mecque, de l’autre côté de la cour. Le vestibule est couvert d’un plafond de cèdre à muqarnas, ces alvéoles en nid d’abeilles superposées qui descendent du plafond comme des stalactites. Levez la tête avant de passer : c’est le premier morceau de bravoure, et beaucoup de visiteurs le ratent en se précipitant vers la lumière de la cour.

Juste à côté se trouve une seconde porte, Bab al-Hafa, la « porte des pieds nus ». Elle donnait directement accès aux chambres des étudiants et à la salle d’ablutions, sans passer par la cour. Son vestibule est voûté en berceau et couvert d’un stuc à motif géométrique étoilé. Selon les périodes, c’est par l’une ou l’autre que l’on fait entrer les visiteurs. Une troisième entrée, à l’arrière, donne sur Tala’a Seghira ; une école coranique pour enfants était installée de ce côté.

La cour de marbre et le canal de l’oued Lemtiyyin

La cour est pavée de marbre, avec au centre une vasque et une fontaine d’ablutions. Sur trois côtés courent des galeries sur piliers, en partie masquées par des claustras de bois entre les supports ; derrière elles se trouvent les chambres des étudiants. Le quatrième côté, celui de la salle de prière, est bordé par un petit canal où coule une eau dérivée de l’oued Lemtiyyin, l’une des branches de l’oued Fès qui irriguent la médina. Deux petits ponts, aux angles de la cour, permettent de le franchir.

Ce canal est le détail le plus singulier de Bou Inania. Il sert à l’ablution, bien sûr, mais il marque aussi une frontière : d’un côté la cour, espace de passage et d’étude ; de l’autre la salle de prière, espace sacré. C’est d’ailleurs cette ligne d’eau que les visiteurs non musulmans ne dépassent pas. On l’enjambe du regard, jamais du pied. Écoutez-le : dans le vacarme de Tala’a Kebira, quelques mètres plus loin, le bruit de l’eau suffit à changer l’atmosphère.

Lire un mur de Bou Inania : zellige, stuc, cèdre

Le décor des façades de la cour obéit à un ordre strict en trois registres, du sol vers le ciel, et le repérer transforme la visite. Au plus bas, jusqu’à hauteur d’épaule, le zellige : une mosaïque de petites pièces de céramique émaillée taillées une à une et assemblées en entrelacs géométriques, étoiles à huit, douze ou seize branches selon les panneaux. Au-dessus, une frise de carreaux épigraphiques, où l’inscription est obtenue en grattant l’émail autour des lettres, une technique dite par excavation ou sgraffite. Plus haut encore, le stuc sculpté, travaillé au couteau dans le plâtre frais : arabesques végétales, inscriptions en écriture cursive et coufique, réseaux de losanges, et muqarnas aux arcs.

Enfin, tout en haut, le bois de cèdre de l’Atlas prend le relais : linteaux et frises sculptés d’inscriptions et d’arabesques, puis un large auvent porté par des consoles, qui protège le stuc de la pluie. Le spécialiste d’ArchNet résume l’enjeu en une phrase : les Mérinides ont transposé dans un édifice religieux les matériaux et les techniques des palais nasrides d’Andalousie. Si vous avez vu l’Alhambra de Grenade, la parenté saute aux yeux ; elle est même plus lisible ici, parce que l’édifice est plus petit et que l’on voit tout d’un seul regard.

Un conseil de lecture : placez-vous au centre de la cour, dos à l’entrée, et faites un tour complet sur vous-même lentement. Puis approchez-vous d’un pilier et regardez un seul panneau de zellige de près. Chaque tesselle a été taillée à la main pour trouver sa place exacte dans le motif. Les restaurations ont remplacé une partie des pièces ; on distingue parfois des nuances de couleur un peu plus vives, signe d’un raccord récent.

La salle de prière, vue depuis le seuil

La salle de prière s’ouvre sur la cour par le prolongement des arcs de la galerie. Elle est divisée par une rangée transversale d’arcs reposant sur des colonnes de marbre et d’onyx, parallèle au mur de la qibla. Au fond, le mihrab est entièrement ciselé de stuc. Les parties hautes des murs sont percées de fenêtres fermées par des grilles de stuc serties de verre coloré, qui filtrent une lumière douce en fin de matinée. Le plafond est une charpente de bois en pente, dite berchla, comme dans beaucoup de mosquées marocaines. À l’extrémité ouest, une petite pièce de retraite (bayt al-i’tikaf) s’ouvre par une fenêtre à double arc.

Pour un non-musulman, tout cela se regarde depuis la cour, par-dessus le canal. Ce n’est pas une frustration : la salle est conçue pour être vue depuis la cour, puisque les arcs y sont ouverts. Apportez simplement de quoi zoomer si vous photographiez, et respectez les fidèles s’il y en a. Le minbar d’origine, lui, ne se trouve plus ici : chef-d’œuvre de marqueterie en bois précieux et ivoire réalisé entre 1350 et 1355, il est aujourd’hui conservé au musée Dar Batha, à quelques minutes de marche. Le voir le même jour complète la visite de façon logique.

Les deux salles latérales et les chambres d’étudiants

À l’est et à l’ouest de la cour s’ouvrent deux salles carrées d’environ cinq mètres de côté, qui servaient de salles de cours. Leurs arcs d’entrée ont un intrados découpé en muqarnas, et elles sont fermées par de hautes portes de cèdre sculptées d’entrelacs étoilés. À l’intérieur, une coupole de bois à nervures rayonnantes. Quand les portes sont ouvertes, c’est l’endroit où l’on mesure le mieux le travail du bois mérinide, à hauteur d’œil.

Les chambres des étudiants se répartissent sur deux niveaux, desservies par des escaliers aux angles de la cour et par d’étroits couloirs. Elles sont minuscules et nues, éclairées par de petites baies. Le contraste avec la cour est voulu : le luxe est collectif, la vie privée est ascétique. L’accès à l’étage n’est pas garanti ; il a varié selon les périodes et les travaux. Si l’escalier est ouvert, montez : la vue plongeante sur la cour et sur l’auvent de cèdre vaut à elle seule le détour.

Le minaret, repère de toute la médina ouest

Le minaret de brique se dresse à l’une des extrémités de la façade. C’est une tour carrée, surmontée d’un petit lanternon coiffé d’une coupole et d’un épi métallique à boules. Ses quatre faces portent le motif mérinide dit darj wa ktaf, un réseau de losanges en relief, rempli de zellige, et une bande de céramique court en haut du fût. On le voit mieux de l’extérieur que de l’intérieur : depuis la cour, il est trop proche. Le meilleur point de vue est à Bab Boujloud, où il apparaît encadré par l’arc de la porte, à côté de celui de la mosquée Sidi Lazzaz. Ce minaret est la signature de l’édifice : les autres médersas de Fès n’en ont pas, ou seulement un modeste, comme celle de Seffarine.

Façade de Dar al-Magana à Fès avec sa rangée de fenêtres et de consoles en cèdre sculpté au-dessus de la rue Tala'a Kebira

Dar al-Magana, l’horloge hydraulique en face de la médersa

Sortez de la médersa et retournez-vous vers l’autre côté de Tala’a Kebira. Au-dessus des boutiques, une façade de bois et de stuc porte une rangée de douze petites fenêtres, soulignées par des consoles de cèdre finement sculptées, entre lesquelles s’insèrent des panneaux d’arabesques et d’écriture coufique stylisée. C’est Dar al-Magana, la « maison de l’horloge ». D’après le chroniqueur al-Djaznai, elle fut achevée le 6 mai 1357, deux ans après la médersa, pour régler les heures de prière de la mosquée d’Abu Inan. Sa conception est attribuée à un muwaqqit, un astronome chargé du calcul des heures, nommé Abu al-Hasan ibn Ali ibn Ahmad al-Tilimsani.

Comment fonctionnait l’horloge ?

Le principe général est connu ; le détail du mécanisme, lui, a disparu. Sous les fenêtres, des consoles de cèdre portaient des bols de bronze. À chaque heure, une boule ou un poids tombait dans l’un des bols en produisant un son, tandis que le volet de la fenêtre correspondante s’ouvrait. Le moteur était l’eau : d’après la reconstitution la plus citée, un petit chariot circulait derrière les fenêtres, tiré d’un côté par un contrepoids suspendu et retenu de l’autre par un flotteur posé à la surface d’un réservoir que l’on vidait à débit régulier. L’horloge est à l’arrêt depuis des générations. Les bols de bronze, qui ne sont plus en place, ont été déposés pour être étudiés en vue d’une remise en marche, sans succès à ce jour, et la façade a été restaurée au début des années 2000.

Une tradition populaire, souvent racontée sur place, fait de cette maison l’ancienne résidence du philosophe juif Maïmonide, qui vécut à Fès au XIIe siècle, bien avant la construction de l’horloge. Rien ne l’établit. L’intérieur de Dar al-Magana n’est pas un lieu de visite organisé ; on se contente de la façade, qui se photographie mieux en reculant de quelques pas dans la rue, en évitant les heures de pointe où Tala’a Kebira est bondée.

Dar al-Wudu, les latrines publiques du sultan

Toujours face à la porte principale de la médersa se trouve Dar al-Wudu, la maison des ablutions, elle aussi voulue par Abu Inan. Elle servait à la médersa et au public, avec une eau abondante qui évacuait les eaux usées des latrines. Elle conserve des restes de décor mérinide en stuc et en cèdre. Peu de visiteurs y prêtent attention ; c’est pourtant un témoignage rare de l’équipement urbain d’une grande fondation du XIVe siècle, où l’hygiène publique faisait partie du programme au même titre que la prière et l’étude.

Restaurations : ce qui est d’origine, ce qui ne l’est pas

Un édifice de près de sept siècles, bâti en pisé, brique, marbre, plâtre et bois, n’arrive pas intact jusqu’à nous. Bou Inania a été reprise au XVIIe siècle après un tremblement de terre, puis largement reconstruite par endroits sous Moulay Slimane, entre 1792 et 1822. Au XXe siècle, des campagnes successives ont porté sur le décor. La dernière grande restauration, conduite à la fin des années 1990 et au début des années 2000, est celle qui explique l’éclat actuel des stucs et du bois ; plusieurs sources locales datent la réouverture de 2004, date que nous n’avons pas pu confirmer dans une source officielle.

Concrètement, qu’est-ce qui est mérinide ? Le plan, la structure, l’inscription de fondation, une large part des stucs et des boiseries, les colonnes d’onyx. Certains panneaux de zellige et des portions de stuc ont été refaits, à l’identique ou presque, par des artisans fassis formés aux mêmes techniques. Faut-il le regretter ? Non : Fès est l’une des rares villes où ces métiers se transmettent encore, et la restauration relève ici d’une tradition vivante plus que d’une copie. Mais ne prenez pas chaque éclat de couleur pour un original du XIVe siècle.

La médersa Bou Inania face aux autres médersas de Fès

Si vous n’avez le temps que pour une médersa, laquelle choisir ? Elles ne se ressemblent pas autant qu’on le croit. Le tableau ci-dessous résume les différences qui comptent pour un visiteur ; chacune a sa page détaillée dans notre série.

CritèreBou InaniaAl AttarineEs-Sahrij
Époque1350-1355, Abu Inan Faris1323-1325, Abu Said Uthman1321-1323, Abu al-Hasan, alors prince
EmplacementTala’a Kebira, près de Bab BoujloudContre la Qarawiyyine, au cœur de la médinaQuartier des Andalous, rive droite
TailleLa plus grande des médersas mérinides de FèsPetite, très verticaleMoyenne, grand bassin central
Minaret et prêche du vendrediOui, seule médersa marocaine avec ce statutNonNon
Point fortEnsemble complet : cour, canal, minaret, horloge en faceFinesse du décor dans un espace resserréLe bassin qui donne son nom au lieu, atmosphère calme
Pour qui ?Première visite, vue d’ensemble de l’art mérinideAmateurs de détails, en combinaison avec la QarawiyyineVisiteurs qui explorent la rive des Andalous
Comparaison des trois grandes médersas mérinides de Fès ouvertes aux visiteurs.

Notre avis : Bou Inania en premier, parce qu’elle donne le vocabulaire complet de l’architecture mérinide et qu’elle est à l’entrée de la médina. Puis la médersa Al Attarine, plus petite mais d’un raffinement presque plus concentré, que l’on atteint au bout de Tala’a Kebira. Si vous aimez l’eau et le calme, la médersa Es-Sahrij, de l’autre côté de l’oued, complète le trio.

Attention à une confusion fréquente dans les recherches en ligne : il existe une autre médersa Bou Inania, à Meknès, elle aussi attribuée à Abu Inan. Les photos circulent souvent sous le même nom. Celle de Fès se reconnaît à son minaret et à son canal devant la salle de prière ; celle de Meknès n’a ni l’un ni l’autre dans cette configuration.

Visiter la médersa Bou Inania : informations pratiques

InformationDétail
AdresseRue Tala’a Kebira, Fès el-Bali, à quelques minutes à pied de Bab Boujloud
HorairesGénéralement de 9 h à 18 h environ, avec une pause d’environ deux heures en milieu de journée ; non communiqués officiellement en ligne, à vérifier sur place
FermeturesPendant chaque prière ; le vendredi, fermée aux visiteurs d’après la plupart des relevés (au minimum autour de la prière de midi)
Tarif20 dirhams par personne d’après les relevés récents, à vérifier au guichet ; paiement en espèces à prévoir
Durée30 à 45 minutes ; une heure pour qui s’attarde sur le décor
Accès non-musulmansCour, galeries et salles latérales ; la salle de prière se regarde depuis la cour
TenueÉpaules et genoux couverts ; le foulard n’est généralement pas demandé aux visiteuses dans la cour
Meilleur momentOuverture du matin ou milieu d’après-midi, hors vendredi et hors Ramadan si possible
Fiche pratique de la médersa Bou Inania (données relevées en septembre 2026, susceptibles d’évoluer).

Accès depuis Bab Boujloud, la gare ou l’aéroport

Le repère est Bab Boujloud, la porte bleue. Avant même de la franchir, repérez le minaret orné de céramique verte qui se découpe dans son arc : c’est celui de la médersa. Passez la porte, avancez de quelques dizaines de mètres et prenez à gauche la rue qui descend, Tala’a Kebira (la rue de droite est Tala’a Seghira). La médersa se trouve peu après, sur votre droite, à environ 150 à 200 mètres de la porte selon notre estimation ; l’horloge Dar al-Magana est en face, au-dessus des boutiques, sur votre gauche. On s’y rend en deux à trois minutes sans se perdre, ce qui est rare à Fès.

Depuis la ville nouvelle ou la gare ONCF, un petit taxi rouge vous dépose à la place Boujloud (appelée aussi place el-Baghdadi) ; comptez généralement 10 à 20 minutes selon la circulation, compteur allumé. Si vous arrivez en avion, l’aéroport de Fès-Saïss est à une quinzaine de kilomètres au sud de la ville : un grand taxi ou un transfert vous laisse au plus près de Bab Boujloud, les véhicules ne pouvant pas entrer dans la médina. Si votre riad est à l’intérieur, faites-vous attendre à la porte par quelqu’un de l’établissement.

Horaires, prières et vendredi : comment ne pas trouver porte close

Parce que la salle de prière reste une mosquée active, la médersa ferme aux visiteurs pendant chaque prière, pour une durée variable, souvent un quart d’heure à une demi-heure. L’heure de ces prières change avec les saisons : celle de midi (dhor) tombe autour de 13 h 30 en été à l’heure légale marocaine, plus tôt en hiver, et celle de l’après-midi (asr) entre 15 h 30 et 17 h environ selon la saison. Le plus simple est d’arriver dès l’ouverture du matin, ou de caler la visite juste après l’appel à la prière d’asr, que vous entendrez depuis le minaret même.

Le vendredi, jour de la grande prière, la plupart des relevés récents indiquent une fermeture aux visiteurs, au moins pendant la matinée et la prière de midi. Pendant le Ramadan, les horaires sont réduits et décalés. Aucun horaire officiel n’étant publié en ligne par l’administration du monument, vérifiez la veille auprès de votre hébergement.

Tenue et comportement

Couvrez épaules et genoux : c’est le minimum de respect dans un lieu de culte, et la médina de Fès est plus conservatrice que Marrakech. Ne franchissez jamais le canal vers la salle de prière, même si elle paraît vide, et ne vous asseyez pas sur le rebord de la vasque d’ablutions. Les photos sont admises dans la cour ; évitez de photographier de près les personnes en prière et coupez le flash. Parlez bas : la cour renvoie le son, et c’est tout son charme quand elle est silencieuse.

Meilleur moment et conseils photo

Le matin, peu après l’ouverture, la cour est encore calme et une lumière oblique rase les stucs du côté ouest. En milieu d’après-midi, le soleil entre plus franchement et fait briller le marbre. Évitez la fin de matinée, quand les groupes guidés arrivent en série. Pour un cliché d’ensemble, placez-vous dans la galerie d’entrée, dans l’axe du mihrab : la cour, le canal et la salle de prière s’alignent. Un objectif grand angle est utile ; un téléobjectif léger aussi, pour les inscriptions de stuc en hauteur.

Les erreurs à éviter

  • Arriver à l’heure de la prière de midi, un vendredi : c’est la combinaison qui garantit la porte close.
  • Suivre un « guide » improvisé qui vous aborde à Bab Boujloud en affirmant que la médersa est fermée et propose un autre circuit : vérifiez par vous-même, elle est à deux minutes.
  • Confondre avec la médersa Bou Inania de Meknès en préparant la visite à partir de photos en ligne.
  • Oublier de lever les yeux dans le vestibule et vers l’auvent de cèdre : la moitié du décor est au-dessus de trois mètres.
  • Passer devant Dar al-Magana sans la voir, parce qu’elle est au-dessus des boutiques.
  • Venir sans petite monnaie : le paiement par carte n’est pas garanti au guichet.

Aux alentours de la médersa Bou Inania

La médersa se trouve dans le secteur le plus accessible de la médina, et l’on peut composer autour d’elle une demi-journée entière sans marcher plus de dix minutes d’un point à l’autre.

  • Bab Boujloud et la place Boujloud : la porte monumentale de 1913 et, juste à côté, l’ancienne porte coudée plus discrète ; point de départ de toute visite.
  • Le musée Dar Batha : palais de la fin du XIXe siècle devenu musée, rouvert en février 2025 après rénovation sous le nom de musée Al Batha des arts islamiques ; il conserve le minbar de Bou Inania, et son jardin andalou offre une pause à l’ombre.
  • Tala’a Kebira : en descendant la rue au-delà de la médersa, on traverse les souks jusqu’au cœur de la médina, vers Attarine et la Qarawiyyine, en une vingtaine à une trentaine de minutes de marche sans arrêt.
  • Tala’a Seghira : la rue parallèle, un peu moins encombrée, qui passe à l’arrière de la médersa et rejoint Tala’a Kebira plus bas.
  • La mosquée Sidi Lazzaz : son minaret apparaît avec celui de Bou Inania dans l’arc de Bab Boujloud ; lieu de culte non ouvert aux non-musulmans.
  • Les jardins de Jnan Sbil : grand parc public entre la médina et Fès el-Jedid, à une quinzaine de minutes à pied, pour respirer après la foule.

Autour de la place Boujloud, les cafés en terrasse permettent de s’asseoir face à la porte ; certains, à l’étage, donnent une vue sur le minaret de la médersa, surtout agréable en fin de journée quand la pierre prend une teinte chaude.

FAQ sur la médersa Bou Inania de Fès

Qui a fait construire la médersa Bou Inania ?

Le sultan mérinide Abu Inan Faris, qui régna de 1348 à 1358. Le chantier commença le 28 décembre 1350, d’après l’inscription de fondation de la salle de prière, et s’acheva en 1355. Le nom de la médersa, « Bou Inania », dérive directement du sien.

Les non-musulmans peuvent-ils visiter la médersa Bou Inania ?

Oui, c’est l’un des rares lieux religieux de Fès ouverts à tous. Les non-musulmans visitent la cour, les galeries et les salles latérales, mais n’entrent pas dans la salle de prière, qui reste un lieu de culte actif ; on la regarde depuis la cour, de l’autre côté du canal.

Combien coûte l’entrée ?

Les relevés récents de visiteurs indiquent 20 dirhams par personne. Aucun tarif officiel n’est publié en ligne, et il peut évoluer : prévoyez de la monnaie en espèces et vérifiez au guichet.

La médersa est-elle ouverte le vendredi ?

En règle générale, non, ou pas pendant la matinée et la grande prière de midi, parce que la salle de prière accueille le culte du vendredi. Programmez la visite un autre jour et renseignez-vous la veille auprès de votre hébergement.

Qu’est-ce que l’horloge hydraulique en face de la médersa ?

C’est Dar al-Magana, achevée en 1357 pour régler les heures de prière. Douze fenêtres s’ouvraient successivement tandis qu’une boule tombait dans un bol de bronze à chaque heure, grâce à un mécanisme mû par l’eau. Elle ne fonctionne plus depuis des générations, et son mécanisme exact reste inconnu.

Combien de temps faut-il prévoir ?

Comptez 30 à 45 minutes pour la médersa, quelques minutes de plus pour observer Dar al-Magana depuis la rue. Avec le musée Dar Batha et Bab Boujloud, tout proches, la matinée est bien remplie.

Faut-il un guide pour visiter Bou Inania ?

Non pour s’y rendre, puisqu’elle est à deux minutes de Bab Boujloud par la rue principale. Un guide officiel, reconnaissable à son badge, apporte en revanche une lecture des inscriptions et du décor. Refusez les accompagnateurs non officiels qui vous abordent à la porte.

Quelle différence avec la médersa Bou Inania de Meknès ?

Ce sont deux édifices distincts portant le même nom, tous deux liés à Abu Inan. Celle de Fès est la plus grande et la seule à avoir eu le statut de mosquée du vendredi, avec un minaret et un minbar. Vérifiez la ville quand vous consultez des photos ou des avis en ligne.

En résumé

La médersa Bou Inania est la fondation la plus ambitieuse des Mérinides à Fès : un collège d’étudiants élevé entre 1350 et 1355 par Abu Inan Faris, doté d’un minaret et du droit au prêche du vendredi, que ne possède aucune autre médersa marocaine. On y vient pour la cour de marbre coupée par le canal de l’oued Lemtiyyin, pour la superposition parfaite du zellige, du stuc et du cèdre, et pour la façade de Dar al-Magana, de l’autre côté de la rue. La visite est courte, bon marché et facile d’accès depuis Bab Boujloud ; il suffit d’éviter les heures de prière et le vendredi, de s’habiller correctement et de prendre le temps de lever les yeux.

Sources officielles

Cet article est informatif et rédigé à partir de sources historiques recoupées. Les tarifs, horaires et conditions d’accès de la médersa Bou Inania sont susceptibles d’évoluer, notamment pendant le Ramadan ou lors de travaux : vérifiez-les sur place avant votre visite. Dernière mise à jour : septembre 2026.

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Illustrations : image à la une « File:Bou Inania Madrasa 2011.jpg » — Bjørn Christian Tørrissen (CC BY-SA 3.0) ; « File:Bou inania DSCF4610.jpg » — Robert Prazeres (CC BY-SA 4.0) ; « File:Fez Dar al-Magana (54252219356).jpg » — Jorge Franganillo (CC BY 2.0), via Wikimedia Commons.

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