Médina de Fès el-Bali : histoire, orientation et conseils de visite

Vue panoramique des toits et minarets de la médina de Fès el-Bali

La médina de Fès el-Bali est la vieille ville fortifiée de Fès, née de deux fondations idrissides en 789 et 809, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1981 et parcourue presque uniquement à pied : environ 2,2 km² de ruelles, de souks, de mosquées et de maisons à patio où vivent encore des dizaines de milliers de personnes. Ce n’est pas un décor mais un quartier habité, avec ses muletiers, ses écoles coraniques, ses fours à pain collectifs et ses ateliers qui ouvrent avant les boutiques de souvenirs.

Cette page ne détaille pas chaque monument : la série en consacre un à chacun. Elle parle de la ville elle-même, de la manière dont elle s’est formée, dont elle fonctionne et dont on s’y déplace sans s’épuiser ni suivre le premier « guide » venu. Pour la vue d’ensemble du séjour, notre guide complet de ce qu’il faut faire à Fès reste le point de départ ; ici, on ne sort pas des remparts.

En bref

  • Fès el-Bali (« Fès l’ancienne ») est née de deux villes : Madinat Fas, fondée par Idris Ier en 789 sur la rive droite de l’oued, et al-Aliya, fondée par Idris II en 809 sur la rive opposée.
  • Les deux cités ont été réunies par l’Almoravide Youssef ibn Tachfine vers 1069-1070 ; l’enceinte actuelle date pour l’essentiel des Almohades et fut achevée en 1204.
  • La médina de Fès, qui comprend Fès el-Bali et Fès el-Jdid, figure sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1981.
  • Aucune voiture ne la traverse : on y marche, et les marchandises passent à dos d’âne, de mulet ou en charrette à bras. Elle est souvent présentée comme la plus grande zone urbaine contiguë sans voitures au monde, une formule à lire comme une estimation.
  • Deux rues principales, la Talaa Kebira et la Talaa Seghira, descendent du secteur de Bab Boujloud vers la mosquée Qarawiyyin et servent de fil conducteur.
  • L’accès à la médina est libre et gratuit ; seuls certains monuments (médersas, musées, fondouks aménagés) sont payants.
  • Seuls les guides titulaires d’un agrément et d’un badge délivrés par l’administration du tourisme (loi n° 05-12) peuvent accompagner des visiteurs contre rémunération.
Toits en terrasse et maisons serrées de la médina de Fès el-Bali

Histoire de la médina de Fès el-Bali : deux villes devenues une

On lit souvent que Fès a été « fondée en 808 ». C’est à moitié exact. Les historiens distinguent deux fondations successives, de part et d’autre de la rivière qui coule au fond de la vallée. Cette dualité n’est pas un détail d’érudit : elle se sent encore en marchant, car la frontière entre les deux rives sépare deux ambiances, deux pentes et deux rythmes.

789 et 809 : les deux fondations idrissides

En 789, Idris Ier, descendant du Prophète réfugié au Maghreb après les conflits qui déchiraient l’Orient, fonde une première agglomération, Madinat Fas, sur la rive droite de la rivière. Vingt ans plus tard, en 809, son fils Idris II établit sur la rive opposée une seconde ville, al-Aliya, et y transfère sa capitale, jusque-là installée à Walili, l’antique Volubilis. Pendant plus d’un siècle et demi, ce sont deux cités distinctes, chacune avec ses murailles, sa grande mosquée et ses habitants, qui se regardent par-dessus l’oued.

Leur peuplement explique les noms qu’elles portent encore. Au IXe siècle, la rive est accueille des familles venues d’al-Andalus, en particulier de Cordoue : elle devient l’Adouat al-Andalus, la « rive des Andalous ». La rive ouest reçoit des familles originaires de Kairouan, dans l’actuelle Tunisie : c’est l’Adouat al-Qarawiyyin, la « rive des Kairouanais ». Deux mosquées fondées à peu d’années d’écart matérialisent ce partage. La Qarawiyyin est fondée en 857 ou 859 selon les sources par Fatima al-Fihri, originaire de Kairouan ; la mosquée des Andalous est édifiée en 859-860, et la tradition l’attribue à sa sœur Maryam.

1069-1070 : l’unification almoravide, puis les remparts almohades

Le tournant vient avec la conquête almoravide. Vers 1069-1070, Youssef ibn Tachfine fait abattre les murs qui séparaient les deux villes et élever une nouvelle enceinte commune autour des deux rives. Fès devient une seule ville, et la rivière, jusque-là frontière, en devient l’axe central.

Les Almohades, maîtres de Fès au XIIe siècle, rebâtissent les remparts. Le calife Yaqub al-Mansour lance la reconstruction, achevée en 1204 sous son successeur Muhammad al-Nasir. C’est ce tracé, et non celui des Idrissides, qui fixe encore aujourd’hui le périmètre de Fès el-Bali. Plusieurs grandes portes actuelles, dont Bab Mahrouk, Bab Guissa et Bab Ftouh, datent pour l’essentiel de cette période. Pour l’histoire détaillée de chaque porte et des tours, voyez notre article consacré aux portes et remparts de Fès.

L’âge d’or mérinide et la naissance de Fès el-Jdid

Au XIIIe siècle, les Mérinides font de Fès leur capitale. En 1276, le sultan Abou Youssef Yaqoub fonde à l’ouest une ville administrative et militaire neuve, Fès el-Jdid, « Fès la neuve », où s’installent le palais et la garnison. L’ancienne ville reçoit alors, par contraste, le nom de Fès el-Bali. Paradoxe : la vieille ville n’a jamais été aussi active qu’à ce moment-là. Entre 1271 et 1357, les Mérinides y construisent une série de médersas, ces collèges où logeaient les étudiants venus suivre l’enseignement de la Qarawiyyin. L’UNESCO souligne que le tissu urbain et les principaux monuments de la médina (médersas, fondouks, palais, demeures, mosquées, fontaines) remontent pour l’essentiel à cette période des XIIIe et XIVe siècles, quand Fès supplante Marrakech comme capitale du royaume.

Du protectorat à l’inscription au patrimoine mondial

Les dynasties suivantes, Wattassides, Saadiens puis Alaouites, modifient la ville à la marge. Les Saadiens ajoutent à la fin du XVIe siècle deux forts sur les hauteurs, Borj Nord et Borj Sud, pensés pour l’artillerie et tournés autant vers la ville que vers l’extérieur. Le traité de Fès de 1912, qui instaure le protectorat français, pèse davantage. Plutôt que de percer la médina de boulevards, l’administration coloniale bâtit une ville nouvelle à plusieurs kilomètres. La vieille ville garde sa forme, mais perd peu à peu ses familles aisées et une partie de ses fonctions. En 1913, la porte monumentale de Bab Boujloud, avec ses faïences bleues côté extérieur et vertes côté intérieur, remplace une entrée plus modeste.

La médina de Fès est inscrite sur la Liste du patrimoine mondial en 1981, au titre des critères (ii) et (v). L’UNESCO y voit un exemple exceptionnel de ville médiévale créée pendant les premiers siècles de l’islamisation du Maroc, représentative de la culture urbaine marocaine du IXe au début du XXe siècle. En 1989 naît l’Agence pour la dédensification et la réhabilitation de la médina de Fès (ADER-Fès), chargée de programmes de sauvegarde. Depuis, les chantiers se succèdent : maisons menacées étayées par des poutres de bois, fondouks et médersas restaurés, berges de l’oued réaménagées.

DateÉvénementCe qu’on en voit aujourd’hui
789Idris Ier fonde Madinat Fas sur la rive droiteLe futur quartier des Andalous
809Idris II fonde al-Aliya sur la rive opposée et y installe sa capitaleLe quartier Qarawiyyin, cœur marchand et religieux
857 ou 859Fondation de la mosquée Qarawiyyin par Fatima al-FihriMosquée toujours en activité
859-860Construction de la mosquée des AndalousGrand portail sur la rive est
Vers 1069-1070Unification des deux villes par les AlmoravidesUne seule médina reliée par des ponts
1204Achèvement des remparts almohadesLe périmètre actuel de Fès el-Bali
1271-1357Construction des médersas mérinidesBou Inania, Attarine et d’autres collèges
1276Fondation de Fès el-JdidL’ancienne ville prend le nom de Fès el-Bali
Fin du XVIe siècleForts saadiens de Borj Nord et Borj SudBelvédères sur la médina
1912-1913Traité de Fès, puis nouvelle porte de Bab BoujloudVille nouvelle à l’écart ; entrée la plus fréquentée
1981Inscription de la médina de Fès au patrimoine mondialProtection et programmes de restauration
1989Création de l’ADER-FèsRestaurations, étaiements, circuits balisés
Chronologie simplifiée de Fès el-Bali, d’après l’UNESCO et les travaux historiques de référence.

Comment fonctionne la médina de Fès el-Bali au quotidien

Une ville sans voitures, vraiment ?

La formule revient partout : Fès el-Bali serait « la plus grande zone urbaine sans voitures du monde ». Elle provient notamment d’un recensement des villes piétonnes qui la présente comme la plus vaste zone contiguë sans voitures au regard de sa population, sur la base d’environ 156 000 habitants estimés au début des années 2000. Personne n’a établi de classement mondial officiel, et la population a évolué depuis. Retenez donc une réalité plus simple et parfaitement vérifiable : on ne peut pas traverser la médina en voiture. La seule route qui y pénètre suit le cours de la rivière jusqu’à la place R’cif, et des parkings s’étendent devant quelques portes. Au-delà, tout se fait à pied.

Dans la pratique, les bouteilles de gaz, les sacs de ciment, les cageots de légumes et les valises des voyageurs passent à dos d’âne ou de mulet, ou dans des charrettes à bras poussées dans des rues dont certaines ne dépassent pas 60 centimètres de large. Quand vous entendez « balak ! » dans votre dos, collez-vous au mur : c’est l’avertissement d’un muletier chargé, et il ne ralentira pas. Quelques motos circulent sur les rares axes praticables, mais les escaliers et les pentes les tiennent à l’écart de la plupart des ruelles. Le vélo, lui, n’a guère de sens ici.

Deux rives et une mosaïque de quartiers

L’oued Bou Khrareb, bras de l’oued Fès, traverse la médina et sépare historiquement les deux rives. À l’ouest, la rive des Qarawiyyin, la plus étendue, concentre les grandes rues marchandes, la mosquée Qarawiyyin et la zaouïa de Moulay Idriss II ; c’est là que se trouvent la plupart des riads et des monuments visités. À l’est, la rive des Andalous est plus résidentielle, plus pentue et beaucoup moins fréquentée par les visiteurs ; la mosquée des Andalous et son portail monumental en sont le repère. Entre les deux, le lit de la rivière est aujourd’hui en grande partie recouvert par la route qui descend vers la place R’cif.

Au début du XXe siècle, l’historien Roger Le Tourneau recensait dix-huit quartiers historiques dans Fès el-Bali. Chaque quartier (houma) disposait, et dispose souvent encore, de ses équipements de proximité : une mosquée, une fontaine, un four collectif où les familles portent leur pâte à pain, un hammam et une école coranique (msid). C’est ce qui explique que la médina fonctionne comme une addition de villages : on peut vivre des années dans son derb sans avoir à traverser la ville. Pour le visiteur, cela a une conséquence utile : si vous voyez un four à pain et une fontaine, vous êtes au cœur d’un quartier résidentiel, pas sur un axe de transit, et il est temps de faire demi-tour si vous cherchez les souks.

Derb, fondouk, kissaria : le vocabulaire qui aide

Le derb est une ruelle, souvent en impasse, qui dessert un groupe de maisons ; on fermait autrefois sa porte le soir, et vous en verrez encore des vantaux. Le fondouk est un ancien caravansérail : un bâtiment à cour centrale où les marchands logeaient à l’étage et stockaient leurs marchandises au rez-de-chaussée ; beaucoup abritent aujourd’hui des ateliers ou des coopératives. La kissaria est un marché couvert de produits de valeur, textiles notamment. La souika est un petit souk de quartier. Un dar est une maison à patio ; un riad, au sens strict, une maison organisée autour d’un jardin intérieur, même si le mot désigne désormais n’importe quelle maison d’hôtes.

Cette architecture regarde vers l’intérieur. Les façades sur rue sont nues et percées de rares ouvertures ; une porte banale peut ouvrir sur une cour à colonnes couverte de zellige et de stuc sculpté. C’est pourquoi la médina paraît austère au premier regard : sa richesse est derrière les murs. Deux éléments surprennent souvent : les sabats, ces passages couverts où une maison enjambe la ruelle, et les poutres de bois posées en travers de certaines rues entre deux façades. Ces étais ne sont pas un danger, ils sont là pour empêcher les murs anciens de s’écarter et font partie des programmes de consolidation.

L’eau, l’infrastructure invisible

Fès doit son existence à l’abondance de l’eau. Le réseau historique répartissait l’eau de la rivière par des canaux, distincts de ceux qui évacuaient les eaux usées, vers les maisons, les fontaines publiques, les hammams, les salles d’ablutions des mosquées et les ateliers. Près de Bab Boujloud, un ouvrage répartiteur à trois arcs régulait la distribution entre les quartiers selon des priorités établies. Vous croiserez partout des fontaines de quartier en zellige, certaines taries, d’autres toujours utilisées par les riverains.

La rivière elle-même a longtemps disparu du paysage, couverte de dalles puis d’une route entre Bab Jdid et la place R’cif. À partir de la fin des années 2000, un vaste projet de réhabilitation conduit par l’architecte Aziza Chaouni a nettoyé des tronçons de l’oued, créé des cheminements piétons le long des berges et réaménagé la place R’cif. En descendant vers R’cif, on mesure le changement : la place est devenue un espace de respiration dans une ville extrêmement dense.

Mosquée R'cif et minarets de la Qarawiyyin vus depuis Borj Sud à Fès el-Bali

S’orienter dans la médina de Fès el-Bali

Vous allez vous perdre. Tout le monde se perd à Fès el-Bali, y compris des Fassis qui connaissent mal un quartier éloigné du leur. Le but n’est pas d’éviter de se perdre, mais de savoir se retrouver en quelques minutes, sans paniquer et sans suivre celui qui propose « de vous montrer ». Quatre outils suffisent.

La Talaa Kebira et la Talaa Seghira, les deux axes

La Talaa Kebira, la « grande montée », est la principale rue marchande de la ville. Elle part du secteur de Bab Boujloud et de Bab Mahrouk, à l’ouest, et descend vers l’est jusqu’à la médersa Attarine, voisine de la mosquée Qarawiyyin. Elle n’est pas rectiligne, car elle suit la pente la plus douce de la vallée, mais c’est l’une des rues les plus larges et les plus continues de la médina. On y longe successivement la médersa Bou Inania et, en face, Dar al-Magana, la maison de l’horloge hydraulique mérinide, puis la mosquée Chrabliyine, dont le minaret compte parmi les plus élégants de la ville, avant d’entrer dans le souk Attarine, l’ancien marché des épices et des parfums.

La Talaa Seghira, la « petite montée », part elle aussi de Bab Boujloud et court à peu près parallèlement, un peu plus au sud, avant de rejoindre la Talaa Kebira dans le secteur d’Ain Allou, entre la mosquée Chrabliyine et la place Nejjarine. Plus calme le matin, elle fait un excellent itinéraire de retour. Retenez que les deux rues dessinent une sorte de fuseau : si vous quittez l’une sans trop vous en éloigner, vous retombez presque toujours sur l’autre.

La pente, meilleure boussole que le téléphone

La médina occupe une vallée. Bab Boujloud est en hauteur ; la Qarawiyyin et la place Seffarine sont au fond, près de la rivière. La règle est simple : descendre, c’est aller vers le cœur ancien et les grands monuments ; monter, c’est revenir vers Bab Boujloud et les portes de l’ouest. Perdu et fatigué en fin de journée ? Choisissez la montée et suivez le flux des habitants chargés de sacs : ils rentrent vers une porte ou une station de taxis.

Les repères fixes à mémoriser

  • Bab Boujloud, sa place et ses cafés : le point de rendez-vous de la ville, en haut de la médina. Notre article sur Bab Boujloud, la porte bleue détaille ses abords.
  • Ain Allou et la place Nejjarine : jonction des deux Talaa, avec la fontaine monumentale et l’ancien fondouk qui abrite le musée du bois.
  • La zaouïa de Moulay Idriss II et le souk Attarine : centre religieux et commerçant, là où la foule est la plus dense.
  • La place Seffarine et le martèlement des chaudronniers : juste derrière la Qarawiyyin, point bas de la rive ouest.
  • La place R’cif : le seul endroit du cœur de la médina où arrivent les taxis ; votre sortie de secours.
  • Les tanneries Chouara, au nord de Seffarine : on les sent avant de les voir, ce qui fait d’elles un repère à part entière.

Les circuits touristiques balisés

Des circuits thématiques existent bel et bien. Ils ont été conçus par l’ADER-Fès, qui a publié en 2005 un guide des circuits touristiques thématiques accompagné d’un plan de la médina. Sur le terrain, les parcours sont signalés par de petites plaques de couleur fixées aux croisements, chaque circuit ayant la sienne, et des panneaux d’information avec plan jalonnent les principaux sites. Les thèmes couvrent notamment les monuments et les souks, l’artisanat, les remparts et Fès el-Jdid ; la correspondance exacte entre couleurs et thèmes figure sur les panneaux et sur le plan, à consulter avant de partir. Deux réserves : certaines plaques sont effacées ou manquantes, et des boutiquiers ont accroché leurs propres flèches qui mènent surtout à leur magasin. Servez-vous de ces circuits comme d’un fil conducteur, pas comme d’une garantie, et vérifiez l’état de la signalétique auprès de votre hébergement.

GPS et cartes hors ligne : utiles, avec des limites

Téléchargez une carte hors ligne avant d’arriver. Le point GPS se décale dans les ruelles étroites et couvertes, parfois de plusieurs dizaines de mètres, et certaines impasses ne figurent sur aucune carte ; mais l’écran suffit pour savoir de quel côté se trouve la Talaa Kebira ou la porte la plus proche. Enregistrez la position de votre riad avant de sortir et photographiez sa porte et la plaque de la rue, car beaucoup de maisons d’hôtes n’ont qu’une petite enseigne. Pour demander votre chemin, adressez-vous à un commerçant assis dans sa boutique plutôt qu’à un jeune qui vous aborde : le premier n’a aucun intérêt à vous emmener ailleurs.

Par quelle porte entrer dans la médina de Fès el-Bali ?

Fès el-Bali compte une douzaine d’accès, portes monumentales et simples passages confondus. En pratique, cinq ou six suffisent au visiteur. Le bon choix dépend de l’emplacement de votre riad et de ce que vous voulez voir en premier. Beaucoup de voyageurs entrent par Bab Boujloud par réflexe, alors que la place R’cif les déposerait à deux minutes de leur hébergement.

AccèsSituationPour quiÀ savoir
Bab BoujloudOuest, en haut de la médina, vers Fès el-JdidPremière visite, départ des deux TalaaPorte de 1913, la plus fréquentée ; rabatteurs nombreux
Bab MahroukOuest, un peu au nord de Bab BoujloudRejoindre le haut de la Talaa KebiraPorte almohade du début du XIIIe siècle
Bab ChorfaOuest, près de Bab MahroukAccès par la kasbah En-NouarForme actuelle d’époque alaouite
Bab GuissaNordRiads du nord de la médina, montée vers Borj NordPorte almohade ; taxis à proximité
Place R’cifCentre, au bord de la rivièreAller droit au cœur : Seffarine, Qarawiyyin, rive des AndalousSeul point central desservi par les taxis
Bab FtouhSud-est, rive des AndalousQuartier des Andalous, grand cimetière voisinPorte almohade ; secteur peu touristique
Principaux accès à Fès el-Bali pour un visiteur. Situation approximative, à croiser avec une carte.

Trois façons de parcourir la médina en une demi-journée

Le grand axe, de Bab Boujloud à la place Seffarine

  1. Entrez par Bab Boujloud et prenez la Talaa Kebira, la rue qui descend à gauche de la porte vue de l’intérieur.
  2. Arrêtez-vous à la médersa Bou Inania, puis levez les yeux vers la façade de Dar al-Magana, juste en face.
  3. Continuez la descente jusqu’à la mosquée Chrabliyine et la jonction d’Ain Allou ; faites le détour par la place Nejjarine.
  4. Traversez le souk Attarine en longeant les abords de la zaouïa de Moulay Idriss II.
  5. Atteignez la médersa Attarine et les portes de la Qarawiyyin, puis la place Seffarine.
  6. Sortez par la place R’cif en taxi, ou remontez par la Talaa Seghira si vous avez encore des jambes.

Comptez trois à quatre heures avec deux visites intérieures. La descente se fait sans effort ; la remontée complète, elle, prend facilement quarante minutes de marche soutenue.

La rive des Andalous, pour voir la ville habitée

Depuis la place R’cif, franchissez la rivière et montez vers la mosquée des Andalous. Ici, peu de boutiques de souvenirs : des épiceries, des fours, des ateliers, des enfants qui sortent de l’école. Le grand portail de la mosquée se regarde depuis la rue. Poursuivez vers Bab Ftouh et son vaste cimetière, puis revenez en taxi. Deux à trois heures suffisent. C’est le secteur où un guide officiel apporte le plus, car les repères y sont rares et les ruelles se ressemblent.

Les belvédères, pour comprendre le plan d’un seul regard

En fin d’après-midi, rejoignez en taxi les hauteurs de Borj Nord et des tombeaux mérinides. De là, la médina entière s’étale dans sa cuvette : la rive des Qarawiyyin en face, le toit vert de la Qarawiyyin, la trouée de la rivière. On comprend en dix minutes ce que trois heures dans les ruelles ne montrent pas. Le belvédère de Borj Sud, sur l’autre versant, offre la vue opposée, avec la mosquée R’cif au premier plan. Redescendez par Bab Guissa avant la nuit.

Faux guides, rabatteurs et sécurité dans la médina de Fès el-Bali

Fès a longtemps eu la réputation d’être la ville marocaine la plus pénible pour ses faux guides. La pression a diminué, mais elle existe encore, surtout autour de Bab Boujloud, sur le haut de la Talaa Kebira et près des tanneries. Les scénarios se répètent : « cette rue est fermée », « les tanneries, c’est par ici », « aujourd’hui c’est le dernier jour du marché berbère », ou simplement un jeune homme qui marche à côté de vous en commentant et réclame ensuite de l’argent. La réponse la plus efficace est courte, polie et ne s’arrête pas : « non merci, j’ai déjà un guide » ou « je vais à mon riad ». Évitez de vous justifier, de sortir votre carte au milieu d’un groupe insistant ou de suivre quelqu’un « juste pour voir ».

Un guide officiel, en revanche, change réellement l’expérience d’une première journée. Au Maroc, la profession est encadrée par la loi n° 05-12 : l’agrément, la carte professionnelle et le badge sont délivrés par l’administration du tourisme et sont strictement personnels. Demandez à voir le badge, réservez par votre riad ou par l’association régionale des guides, et fixez à l’avance la durée, le programme, le prix et le nombre d’arrêts dans des boutiques, voire leur absence. Toutes les arnaques courantes et les réponses à y apporter sont détaillées dans notre dossier sur les faux guides et arnaques à Fès.

Côté sécurité, la médina n’est pas un coupe-gorge, mais elle change de visage le soir. Après la fermeture des boutiques, les ruelles des quartiers résidentiels se vident et certaines sont mal éclairées. Rentrez avant une heure tardive, ou demandez à votre riad de venir vous chercher à une porte. Dans la cohue du souk Attarine, portez le sac devant vous et le téléphone dans une poche fermée. Pour une urgence, le numéro de la police est le 19 ; des agents sont présents aux abords des principales portes.

Horaires des souks et rythme de la journée

La médina a un horaire, et le connaître fait gagner une journée. Les artisans et les commerces de bouche démarrent tôt : les marchés de fruits, de légumes et de viande sont à leur meilleur le matin. Les boutiques orientées vers les visiteurs ouvrent plutôt entre 9 h et 10 h. Le milieu de journée ralentit, parfois avec une pause déjeuner, puis la fin d’après-midi est le moment le plus animé, quand les habitants font leurs courses. La plupart des commerces ferment entre 19 h et 20 h, plus tôt en hiver, plus tard en été, et les horaires se décalent nettement pendant le ramadan, avec une vie nocturne après la rupture du jeûne.

Le vendredi est à part. Autour de la grande prière de la mi-journée, beaucoup de boutiques ferment, et certaines ne rouvrent pas l’après-midi. Ce n’est pas le jour pour votre grande séance d’achats, mais c’est un bon jour pour les ruelles calmes et les belvédères. Ces horaires sont des tendances observées, pas des règles officielles : ils varient selon le commerce et la saison. Pour savoir où acheter quoi, notre article sur les souks de Fès passe en revue les marchés spécialisés, métier par métier.

Visiter la médina de Fès el-Bali : informations pratiques

RubriqueCe qu’il faut savoir
Accès depuis l’aéroportL’aéroport de Fès-Saïss se trouve à une quinzaine de kilomètres au sud de la ville ; taxi jusqu’à une porte de la médina, trajet de l’ordre de 20 à 30 minutes selon la circulation
Accès depuis la gareGare ONCF dans la ville nouvelle ; petit taxi jusqu’à Bab Boujloud, Bab Guissa ou la place R’cif
HorairesLa médina est un quartier ouvert en permanence ; boutiques en général de 9-10 h à 19-20 h ; monuments selon leurs propres horaires
TarifEntrée libre ; médersas, musées et certains fondouks payants, tarifs affichés à l’entrée
TenueÉpaules et genoux couverts recommandés ; chaussures fermées à semelle antidérapante, les pavés sont glissants
DuréeUne journée pleine au minimum ; deux ou trois jours pour les deux rives et les belvédères
Meilleur momentPrintemps et automne ; tôt le matin pour les ruelles, fin d’après-midi pour l’animation ; éviter le vendredi midi pour les achats
Lieux de culteMosquées et zaouïa réservées aux musulmans ; les autres visiteurs regardent depuis la porte, sans franchir le seuil
Fiche pratique de la médina de Fès el-Bali. Horaires et tarifs indicatifs, à vérifier sur place.

Arriver avec des valises demande un peu d’organisation, puisqu’aucun taxi ne vous déposera devant la porte de votre riad. La solution la plus simple consiste à convenir avec votre hébergement d’un point de rencontre à une porte ou à la place R’cif : un employé vient vous chercher, souvent accompagné d’un porteur avec une charrette à bras, qui attend un pourboire. Si vous arrivez en avion, notre page sur l’aéroport de Fès-Saïss détaille les options de transport jusqu’à la ville. Voyagez léger : un sac à dos ou une valise à roues robustes passe mieux sur les pavés et les marches qu’une grosse valise rigide.

Pour les photos, la règle est la même partout au Maroc mais elle compte davantage ici, où l’on photographie des gens chez eux : demandez avant de cadrer une personne, et acceptez un refus sans insister. Les artisans au travail sont souvent d’accord si vous avez acheté ou pris le temps d’échanger. Prévoyez de la monnaie en petites coupures pour les pourboires, les jus pressés et les petits achats, car les commerçants rendent difficilement sur un gros billet.

Aux alentours de la médina

  • Fès el-Jdid et le mellah : la ville mérinide de 1276, avec l’ancien quartier juif et les grandes portes du palais royal sur la place des Alaouites, à rejoindre à pied depuis Bab Boujloud en longeant le jardin Jnan Sbil.
  • Le jardin Jnan Sbil : un parc public entre les deux villes, l’endroit idéal pour une pause à l’ombre après la médina.
  • Borj Nord et les tombeaux mérinides : panorama complet sur Fès el-Bali, particulièrement au coucher du soleil.
  • Borj Sud : le belvédère opposé, au-dessus de la rive des Andalous et de la place R’cif.
  • La ville nouvelle : avenues, cafés et restaurants modernes, gare ONCF ; utile pour changer d’air ou pour les formalités pratiques.

Les erreurs qui gâchent une première visite

  • Tout vouloir faire en une matinée : Fès el-Bali se découvre en plusieurs sorties courtes, pas en un marathon.
  • Arriver de nuit sans rendez-vous avec le riad : c’est le meilleur moyen de finir accompagné par un inconnu qui réclamera son dû.
  • Suivre quelqu’un qui affirme qu’une rue est fermée : vérifiez sur votre carte, ou demandez à un commerçant.
  • Porter des sandales fines : les pavés sont inégaux, parfois humides, et les pentes raides.
  • Photographier les gens sans demander, ou entrer dans une mosquée parce que la porte est ouverte.
  • Négocier sans avoir fixé son propre prix au préalable : décidez ce qu’un objet vaut pour vous avant de demander le prix.

FAQ sur la médina de Fès el-Bali

Peut-on visiter la médina de Fès el-Bali sans guide ?

Oui. Avec une carte hors ligne, les deux Talaa comme axes et la pente comme boussole, un visiteur autonome s’en sort très bien sur la rive des Qarawiyyin. Un guide officiel reste utile pour une première demi-journée, pour la rive des Andalous et pour comprendre ce qu’on voit derrière les façades.

L’entrée dans la médina est-elle payante ?

Non. Fès el-Bali est un quartier habité, ouvert à tous et gratuit. On paie seulement l’entrée de certains monuments, comme les médersas ou les musées, dont les tarifs sont affichés sur place et peuvent évoluer.

Combien de temps faut-il prévoir ?

Une journée pleine permet de parcourir le grand axe et d’entrer dans deux ou trois monuments. Deux à trois jours sont préférables pour ajouter la rive des Andalous, les belvédères et des moments sans programme, qui sont souvent les meilleurs.

Quelle différence entre Fès el-Bali et Fès el-Jdid ?

Fès el-Bali est la ville ancienne, née des fondations idrissides de 789 et 809. Fès el-Jdid est la ville administrative fondée par les Mérinides en 1276, avec le palais royal et le mellah. Les deux forment ensemble la médina de Fès inscrite par l’UNESCO en 1981.

La médina est-elle sûre le soir ?

Les grands axes restent fréquentés jusqu’à la fermeture des boutiques. Ensuite, les ruelles résidentielles se vident et sont parfois mal éclairées : mieux vaut rentrer tôt ou se faire raccompagner par le personnel du riad, surtout les premiers soirs.

Les non-musulmans peuvent-ils entrer dans les mosquées ?

Non, les mosquées et la zaouïa de Moulay Idriss II sont réservées aux musulmans. On peut regarder depuis la porte, discrètement et sans franchir le seuil. Les médersas, en revanche, se visitent. Les règles d’accès peuvent évoluer lors de restaurations : renseignez-vous sur place.

Comment rejoindre son riad avec des valises ?

Donnez rendez-vous au riad à la porte la plus proche ou à la place R’cif. Un employé vous guide à pied, souvent avec un porteur et sa charrette à bras. Prévoyez un pourboire et évitez d’arriver seul de nuit sans ce rendez-vous.

Est-ce vraiment la plus grande zone sans voitures du monde ?

C’est une affirmation courante, fondée sur une estimation de sa superficie et de sa population au début des années 2000, sans classement officiel. Ce qui est certain : aucune voiture ne peut traverser Fès el-Bali, et la quasi-totalité de la ville se parcourt à pied.

En résumé

Fès el-Bali n’est pas une collection de monuments reliés par des ruelles, c’est une ville entière qui fonctionne encore selon sa logique médiévale : deux rives nées de deux fondations, des quartiers autonomes, une rivière qui a longtemps fait tourner l’économie, et une circulation exclusivement piétonne. Pour l’apprivoiser, gardez trois clés en tête : les deux Talaa comme axes, la pente comme boussole, la place R’cif comme sortie. Refusez poliment les accompagnateurs non sollicités, prenez un guide badgé si vous voulez comprendre en profondeur, et laissez-vous au moins une matinée sans plan. C’est souvent là que la médina se montre le mieux.

Sources officielles

Article informatif mis à jour en septembre 2026. Les tarifs, horaires d’ouverture et conditions d’accès des monuments et des commerces sont susceptibles d’évoluer : vérifiez-les sur place ou auprès des organismes officiels avant votre visite.

Crédit photo

Illustrations : image à la une « File:Fes el Bali(js).jpg » — Jerzystrzelecki (CC BY 3.0) ; « File:Fes Morocco Medina rooftops Sept 2014 – 1 (15922382065).jpg » — Andrew Nash (CC BY-SA 2.0) ; « File:View of Rcif Mosque and Qarawiyyin minarets.jpg » — Casual Builder (CC BY-SA 4.0), via Wikimedia Commons.

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