Fès el-Jdid : la ville royale mérinide, que voir et comment la visiter

Bab Semmarine à Fès el-Jdid, porte mérinide à double arche décorée d'arcs polylobés à l'entrée de la Grande Rue

Fès el-Jdid est la ville royale que le sultan mérinide Abou Youssef Yacoub fit bâtir à partir de 1276 à l’ouest de la vieille médina : c’est le quartier du palais royal, des grandes places du mechouar, de la porte Bab Semmarine et de la Grande Rue commerçante, un Fès historique plus aéré et beaucoup moins touristique que Fès el-Bali. Son nom signifie « Fès la Neuve » ; en arabe on écrit فاس الجديد (Fas al-Jadid), en anglais Fes el-Jdid ou Fes Jdid, et les chroniques médiévales l’appelaient Madinat al-Bayda, « la Ville blanche ».

Cette page est consacrée au quartier lui-même : pourquoi il existe, comment il s’organise, ce que l’on voit en le traversant à pied de Bab Semmarine aux mechouars, ce qui est ouvert et ce qui ne l’est pas, et comment l’articuler avec ses voisins immédiats. Le palais royal, le mellah et le jardin Jnan Sbil ont chacun leur article dédié, vers lesquels nous renvoyons au fil du texte ; pour une vue d’ensemble de la ville, notre guide que faire à Fès rassemble toutes les visites.

Informations vérifiées en septembre 2026

En bref

  • Fès el-Jdid a été fondée en 1276 par le sultan mérinide Abou Youssef Yacoub comme citadelle royale et siège du gouvernement, à l’écart de la médina de Fès el-Bali.
  • Le quartier fait partie du bien « Médina de Fès » inscrit en 1981 sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
  • La Grande Rue relie Bab Semmarine, au sud, au Vieux Mechouar, au nord, sur un axe droit bordé de boutiques et des mosquées al-Hamra et al-Beida.
  • Le palais royal (Dar el-Makhzen) occupe environ 80 hectares du quartier et n’est pas ouvert au public ; on n’en voit que les portes et les murailles.
  • Les mosquées de Fès el-Jdid, dont la Grande Mosquée construite de 1276 à 1278, sont fermées aux non-musulmans, comme la plupart des mosquées en activité au Maroc.
  • La promenade est gratuite et se fait librement à pied en deux à trois heures, mellah compris.
  • Les mechouars servent de cadre aux concerts du Festival de Fès des musiques sacrées du monde, notamment devant Bab Makina.
Fès el-Jdid vue depuis le Borj Sud avec ses toits verts et ses minarets

Fiche pratique : Fès el-Jdid en un coup d’œil

Fès el-Jdid se visite librement et gratuitement, à toute heure, puisqu’il s’agit d’un quartier habité et non d’un monument à billet : on y entre par Bab Semmarine, par la place des Alaouites ou par les mechouars, et deux à trois heures suffisent pour parcourir la Grande Rue, les places royales et le mellah voisin.

CritèreInformation
QuartierFès el-Jdid, entre Fès el-Bali (à l’est) et la Ville nouvelle (au sud-ouest)
Accès depuis un repèreDepuis Bab Boujloud : à pied par le jardin Jnan Sbil puis Bab Makina, environ 15 à 20 minutes jusqu’au Vieux Mechouar (à vérifier selon votre rythme). Depuis la Ville nouvelle : petit taxi jusqu’à la place des Alaouites.
HorairesQuartier ouvert en permanence ; boutiques de la Grande Rue ouvertes en journée, horaires variables selon les commerçants (à vérifier sur place)
TarifGratuit (espace public). Palais royal fermé au public, mosquées fermées aux non-musulmans
Durée conseillée2 à 3 heures pour la Grande Rue, les mechouars et le mellah ; une demi-journée en ajoutant Jnan Sbil
Meilleur momentMatinée en semaine pour l’animation commerçante ; fin d’après-midi pour la lumière rasante sur les murailles des mechouars
TenueÉpaules et genoux couverts recommandés, chaussures fermées (pavés, bordures hautes)
AccessibilitéPlus praticable que Fès el-Bali : rues larges et globalement planes, mais pavés, trottoirs irréguliers et circulation de deux-roues (à vérifier pour un fauteuil)
Fiche pratique de Fès el-Jdid. Les horaires des commerces et l’état des monuments peuvent évoluer.

Qu’est-ce que Fès el-Jdid ? L’histoire de la ville royale mérinide

Fès el-Jdid est une seconde ville fortifiée, distincte de la médina fondée par les Idrissides à la fin du VIIIe siècle : les Mérinides l’ont créée en 1276 pour y loger le sultan, son administration et ses troupes, et elle est restée pendant des siècles le centre du pouvoir à Fès, rôle qu’elle garde symboliquement avec le palais royal.

1276 : pourquoi les Mérinides ont bâti une nouvelle ville

Les Mérinides, dynastie berbère zénète venue des steppes de l’Est marocain, s’emparent de Fès au milieu du XIIIe siècle et en font leur capitale à la place de Marrakech. Plutôt que de s’installer dans la médina dense et parfois frondeuse de Fès el-Bali, le sultan Abou Youssef Yacoub fait construire à partir de 1276 une cité administrative séparée, à l’ouest, sur un terrain alors libre au bord de l’oued Fès. Le schéma n’est pas nouveau dans le monde islamique : une ville-palais tenue à distance de la ville marchande, qui protège le souverain et affiche son autorité.

La nouvelle fondation reçoit le nom de Madinat al-Bayda, « la Ville blanche ». Elle est entourée d’une double ligne de murailles, qui se rejoignent à l’est et à l’ouest mais s’écartent au nord et au sud pour enfermer des jardins et des quartiers intermédiaires. Au sein de cette enceinte se trouvent le palais, la Grande Mosquée, des casernes et des logements pour les garnisons. Selon les historiens, une partie de ces troupes était composée de contingents étrangers, dont des archers d’origine syrienne établis dans le secteur sud, qui prit le nom de Hims avant d’accueillir plus tard le mellah.

La Grande Mosquée de Fès el-Jdid est commencée en même temps que la ville et achevée en 1278 ; son minbar, la chaire du prêche du vendredi, date de 1279. En 1320, le sultan Abou Saïd Othman II y ajoute une médersa, c’est-à-dire un collège religieux avec logements pour les étudiants, la deuxième construite par les Mérinides à Fès. Au fil de la période mérinide, la Grande Rue se dote aussi de mosquées de quartier, dont la mosquée al-Hamra.

Des Alaouites au XXe siècle : ce qui a changé

Après les Mérinides, Fès el-Jdid perd son rôle de capitale permanente mais reste la résidence du pouvoir lors des séjours royaux à Fès. La dynastie alaouite, qui règne toujours, la remodèle profondément. Vers 1670, Moulay Rachid bâtit au nord la kasbah Cherarda pour y loger ses troupes tribales, ce qui libère de l’espace dans la ville. Au XVIIIe siècle, Moulay Abdallah, qui règne par intermittence entre 1729 et 1757, fait édifier au nord-ouest un nouveau quartier autour d’une grande mosquée et d’une nécropole royale qui porte encore son nom.

Le grand bâtisseur du XIXe siècle est Moulay Hassan Ier (règne 1873-1894). Il agrandit le palais, restaure Bab Dekkakin en 1884-1886, crée l’arsenal de Dar al-Makina en 1885-1886 et, pour la première fois, relie Fès el-Jdid à Fès el-Bali par un large corridor de murailles qui englobe des jardins royaux, dont Jnan Sbil. Sous le protectorat français, en 1924, l’entrée coudée de Bab Semmarine est transformée pour laisser passer les véhicules. Enfin, entre 1969 et 1971, sont construites les monumentales portes du palais sur la place des Alaouites, tournées vers la Ville nouvelle.

DateÉvénementCe qu’on en voit aujourd’hui
1276Fondation de Fès el-Jdid par Abou Youssef Yacoub (Mérinides)Tracé des murailles, Bab Semmarine, Bab Dekkakin
1276-1278Construction de la Grande Mosquée de Fès el-JdidMinaret de 22,8 m près du palais (intérieur fermé aux non-musulmans)
1320Médersa de Fès el-Jdid (Abou Saïd Othman II)Intégrée au palais royal, non visitable
XIVe siècle et aprèsMosquée al-Hamra, puis mosquée al-Beida, sur la Grande RueMinarets visibles depuis la rue
Milieu du XVe siècleInstallation de la communauté juive dans le mellah, au sudMaisons à balcons de la rue des Mérinides
Vers 1670Kasbah Cherarda de Moulay Rachid, au nordEnceinte près de Bab Segma
1729-1757Quartier et mosquée-nécropole de Moulay AbdallahMinaret et quartier résidentiel au nord-ouest
1884-1886Restauration de Bab Dekkakin, création de Dar al-MakinaVieux et Nouveau Mechouar, Bab Makina
1924Bab Semmarine remaniée pour les véhiculesLes deux arches actuelles de la porte
1969-1971Portes du palais sur la place des AlaouitesFaçade de zellige, cèdre et bronze doré
Chronologie de Fès el-Jdid, d’après les travaux d’histoire de l’architecture repris par Wikipédia et les sources patrimoniales marocaines.

Grande Rue de Fès el-Jdid : que voir de Bab Semmarine au Vieux Mechouar

La Grande Rue de Fès el-Jdid est l’artère commerçante qui traverse le quartier en ligne presque droite, de la porte Bab Semmarine au sud jusqu’au Vieux Mechouar au nord ; on y voit des boutiques de quartier, les minarets des mosquées al-Hamra et al-Beida et les entrées de ruelles résidentielles, sur une quinzaine de minutes de marche sans détour.

Bab Semmarine, la porte des maréchaux-ferrants

Bab Semmarine signifie « porte des maréchaux-ferrants », en souvenir des forgerons qui travaillaient à ses abords. Elle s’appelait d’abord Bab Oyoun Sanhaja, « porte des sources des Sanhaja ». Construite vers 1276 avec la ville, elle en était l’entrée méridionale ; la création du mellah plus au sud l’a ensuite placée à l’intérieur de l’enceinte, comme un seuil entre le quartier juif et la ville musulmane.

Regardez la façade extérieure : des arcs polylobés aveugles, c’est-à-dire des arcs à festons plaqués sur le mur sans ouverture, et un décor de darj wa ktaf, motif géométrique marocain en forme de losanges entrelacés dont le nom signifie « marche et épaule ». À l’origine, le passage formait un coude à angle droit, dispositif défensif qui empêchait de charger en ligne droite. En 1924, l’administration du protectorat a lourdement remanié la porte, voire l’a reconstruite selon certains historiens, pour faciliter le passage des véhicules : sa silhouette actuelle, avec deux arches côte à côte, date de cette intervention. Accolé au flanc ouest de la porte, un grand marché voûté, reconstruit au XXe siècle, reprend le style des greniers mérinides qui existaient dans ce secteur.

Les deux minarets de la rue : al-Hamra et al-Beida

En remontant la rue vers le nord, on longe la mosquée al-Hamra, la « Mosquée rouge ». Faute d’inscription de fondation, elle n’a jamais été datée avec précision ; les historiens la placent au XIVe siècle, certains entre 1331 et 1348 sous le sultan Abou al-Hassan. Son minaret carré d’environ 23,8 mètres porte des panneaux de darj wa ktaf et une bande de zellige, la mosaïque de petits carreaux de céramique taillés à la main. L’origine du nom reste discutée : couleur d’un premier minaret, ou, selon une tradition, une princesse mérinide qui aurait financé l’édifice.

Plus au nord, la mosquée al-Beida, la « Mosquée blanche », a été bâtie après al-Hamra selon l’historien Roger Le Tourneau, sans date de fondation connue avec certitude. Son entrée sur la Grande Rue, désormais encadrée de boutiques, se reconnaît à son arc outrepassé en fer à cheval, à son stuc sculpté et à son petit auvent de bois ciselé couvert de tuiles vertes. Ces deux mosquées sont des lieux de prière actifs : on en admire les façades et les minarets depuis la rue, sans entrer si l’on n’est pas musulman. D’autres mosquées de quartier, comme Lalla Ghriba et Lalla ez-Zhar, jalonnent les ruelles à l’est de l’axe.

L’ambiance : un souk pour les habitants

Ce qui distingue la Grande Rue des souks de Fès el-Bali, c’est sa clientèle. Les étals s’adressent d’abord aux familles du quartier : vêtements, tissus, chaussures, ustensiles, fruits et légumes, épiceries. Les boutiques de souvenirs y existent, mais elles sont minoritaires, et le démarchage est nettement plus discret que dans les ruelles autour de la Qaraouiyine. La rue est large, droite et lumineuse ; on ne s’y perd pas. C’est l’endroit idéal pour observer un Fès ordinaire et faire quelques achats du quotidien à prix locaux, à condition d’accepter qu’il n’y ait ni ateliers de tanneurs ni médersas ouvertes sur le parcours.

Mechouar de Fès el-Jdid : les places du pouvoir

Un mechouar est une vaste esplanade fortifiée placée devant un palais royal marocain, où se déroulaient les parades, les audiences et les cérémonies officielles ; Fès el-Jdid en compte deux, le Vieux Mechouar et le Nouveau Mechouar, reliés par Bab Dekkakin et bordés par l’arsenal de Dar al-Makina.

Le Vieux Mechouar et Bab Dekkakin

Le Vieux Mechouar, où débouche la Grande Rue, était à l’origine un pont fortifié enjambant l’oued Fès entre deux portes. Au nord-est, Bab Dekkakin ferme la place : c’était la porte nord de la ville mérinide, fondée vers 1276, qui s’appelait alors Bab es-Sebaa, « porte du Lion », peut-être d’après un lion sculpté aujourd’hui disparu. Son nom actuel, « porte des Banquettes », désignait d’abord l’entrée du palais, où des bancs accueillaient les visiteurs qui attendaient d’être reçus en audience ; il a ensuite glissé vers cette porte.

Bab Dekkakin conserve deux paires de tours carrées massives, typiques de l’architecture militaire mérinide, et une façade décorée d’entrelacs végétaux sur carreaux de céramique et d’encadrements de pierre sculptée. Lors de sa restauration sous Moulay Hassan Ier, en 1884-1886, le passage central a été ouvert en ligne droite, remplaçant l’entrée coudée d’origine. Prenez le temps de passer sous la porte : la différence d’échelle entre l’arche et les tours donne une bonne idée de la mise en scène voulue par les sultans.

Le Nouveau Mechouar, Bab Makina et Dar al-Makina

De l’autre côté de Bab Dekkakin s’étend le Nouveau Mechouar, une longue esplanade ceinte de hauts murs, aménagée à la fin du XVIIIe ou au XIXe siècle selon les sources. Sur son côté ouest se dresse Bab Makina, entrée de Dar al-Makina, « la maison de la machine » : une manufacture d’armes fondée par Moulay Hassan Ier en 1885-1886 avec l’aide d’officiers italiens, première tentative d’industrialisation de Fès pour moderniser l’armée face aux puissances européennes. La porte a un style italianisant qui tranche avec les portes mérinides voisines. À l’intérieur, une série de vastes salles voûtées rappelle les greniers royaux marocains.

Le bâtiment n’a plus d’usage industriel et a longtemps été décrit comme abandonné et en partie ruiné ; il figurait dans le programme de restauration d’une centaine de monuments de Fès prévu entre 2018 et 2023. Son état et son éventuelle ouverture au public sont à vérifier sur place. En revanche, l’esplanade devant Bab Makina est connue de tous les Fassis : c’est l’une des grandes scènes du Festival de Fès des musiques sacrées du monde, dont les concerts du soir se tiennent au pied de la muraille. Au nord du Nouveau Mechouar, Bab Khibbat es-Smen ouvre vers le quartier de Bab Segma et la kasbah Cherarda.

Cour de la Grande Mosquée de Fès el-Jdid vue à travers un arc outrepassé

Fès el-Jdid, le palais royal et le mellah : comment les quartiers s’emboîtent

Fès el-Jdid est organisée autour du palais royal, qui en occupe la plus grande partie : au nord, la Grande Mosquée et les mechouars ; au sud et au sud-ouest, le mellah, ancien quartier juif, et la place des Alaouites ; au nord-ouest, le quartier Moulay Abdallah ; à l’est, la Grande Rue et ses ruelles résidentielles.

Le palais royal, cœur fermé du quartier

Le Dar el-Makhzen, nom marocain du palais royal, couvre environ 80 hectares. Il reste une propriété royale active et ne se visite pas. Ce qu’un voyageur peut voir, ce sont ses façades : les portes de la place des Alaouites, construites en 1969-1971, et les murs qui bordent le Vieux Mechouar, l’ancienne entrée d’honneur avant que l’accès principal ne soit tourné vers la Ville nouvelle. Nous consacrons un article entier à ces portes, à leur décor et aux règles de photographie : le palais royal de Fès (Dar el-Makhzen).

La Grande Mosquée et la médersa de Fès el-Jdid

La Grande Mosquée, au nord du quartier, communiquait avec le palais par un passage privé réservé au sultan. Son plan en T couvre environ 2 000 m², avec une salle de prière à colonnes, une grande cour à fontaine et un minaret carré de 5,7 mètres de côté et 22,8 mètres de haut, décoré de brique et de zellige. Une tradition y situe la tombe du sultan Abou Inan, mort en 1358, sans inscription pour le confirmer. La médersa fondée en 1320 juste au sud a été intégrée au palais sous Moulay Hassan Ier : elle existe toujours, mais derrière l’enceinte royale. Ne comptez donc pas visiter ici l’équivalent de la médersa Bou Inania.

Le mellah, prolongement méridional de Fès el-Jdid

Le mellah, nom donné au Maroc au quartier juif, s’est formé au sud de Bab Semmarine, dans l’ancien secteur de Hims. La date exacte du transfert de la communauté juive depuis Fès el-Bali est débattue ; les historiens la situent vers le milieu du XVe siècle. Il fait donc partie intégrante de Fès el-Jdid, et la plupart des promenades enchaînent les deux. Synagogue Ibn Danan, cimetière juif, maisons à balcons ouverts sur la rue : tout est détaillé dans notre article mellah de Fès et synagogue Ibn Danan.

Le quartier Moulay Abdallah et sa nécropole royale

Au nord-ouest, le quartier Moulay Abdallah est le secteur le plus confidentiel de Fès el-Jdid. Il s’est développé à partir du début du XVIIIe siècle ; le sultan alaouite Moulay Abdallah y a fondé une grande mosquée, dotée d’une madrasa où l’on enseignait le Coran avant d’entrer à la Qaraouiyine. La nécropole attenante, remaniée au milieu du XIXe siècle par Mohammed ben Abderrahmane, abrite les tombes de Moulay Abdallah et de sa mère Khnata bent Bakkar, puis, au XXe siècle, celles des sultans Moulay Youssef (1927), Moulay Abdelhafid (1937) et Moulay Abdelaziz (1943). La mosquée est un lieu de culte : on n’y entre pas, mais son minaret sert de repère.

Fès el-Jdid ou Fès el-Bali : quelles différences ?

Fès el-Bali est la médina marchande et religieuse fondée à la fin du VIIIe siècle, un labyrinthe piéton de ruelles en pente ; Fès el-Jdid est la ville royale mérinide de 1276, plus plate, structurée par de grands axes et des places, moins monumentale à visiter de l’intérieur mais bien plus calme. Les deux sont complémentaires.

CritèreFès el-JdidFès el-Bali
Fondation1276, sultan mérinide Abou Youssef Yacoub789 (Idriss Ier) et 809 (Idriss II)
Fonction d’originePalais, gouvernement, garnisonsVille marchande, religieuse et artisanale
PlanGrands axes droits, places, enceintes emboîtéesLabyrinthe de ruelles et d’impasses
ReliefGlobalement platFortes pentes vers l’oued
Monuments ouvertsPeu : portes, places, façades ; palais et mosquées fermésNombreux : médersas, fondouks, musées, tanneries
Fréquentation touristiqueFaible à modéréeForte
OrientationFacile, un axe principalDifficile sans carte ni guide
CirculationVoitures et deux-roues sur les grands axesEssentiellement piétonne
Statut UNESCOInscrite en 1981 dans le bien « Médina de Fès »Inscrite en 1981 dans le même bien
Comparaison entre Fès el-Jdid et Fès el-Bali, les deux villes historiques de Fès.

Selon l’UNESCO, la médina de Fès répond aux critères (ii) et (v) de la Convention du patrimoine mondial : elle a exercé une influence considérable du XIIe au XVe siècle et constitue un exemple exceptionnel de ville médiévale. Fès el-Jdid illustre surtout la seconde moitié de cette histoire, celle des Mérinides puis des Alaouites. Notre conseil : ne choisissez pas entre les deux. Consacrez au moins une journée pleine à Fès el-Bali et une demi-journée à Fès el-Jdid, idéalement le jour de votre arrivée, pour vous acclimater au rythme de la ville dans un décor plus lisible, avant d’affronter le labyrinthe de la vieille médina.

Comment aller à Fès el-Jdid ?

On rejoint Fès el-Jdid à pied depuis Bab Boujloud en traversant le jardin Jnan Sbil, en petit taxi depuis la gare ou la Ville nouvelle jusqu’à la place des Alaouites ou Bab Semmarine, et en taxi ou en transfert depuis l’aéroport de Fès-Saïss, situé à environ 12 à 15 km au sud de la ville.

À pied depuis Bab Boujloud et Fès el-Bali

C’est la meilleure option si vous logez dans un riad, maison traditionnelle organisée autour d’un patio, de Fès el-Bali. Depuis la place de Bab Boujloud, suivez l’avenue qui longe le jardin Jnan Sbil vers l’ouest, ou traversez le jardin lui-même pendant ses heures d’ouverture, puis passez Bab Makina pour déboucher sur le Nouveau Mechouar. Comptez environ 15 à 20 minutes selon votre allure et vos arrêts. Le parcours suit précisément le corridor de murailles construit par Moulay Hassan Ier pour relier les deux villes. Pour le détail du jardin, voir notre article sur le jardin Jnan Sbil.

En petit taxi depuis la gare et la Ville nouvelle

Les petits taxis rouges de Fès desservent la ville intra-muros ; demandez « Bab Semmarine », « place des Alaouites » ou « Fès Jdid ». Depuis la gare ONCF de Fès, dans la Ville nouvelle, le trajet est court, de l’ordre de 10 à 15 minutes selon la circulation (à vérifier). Exigez le compteur au départ ; le tarif est majoré la nuit. Le taxi vous dépose sur la place des Alaouites, d’où l’on voit immédiatement les portes du palais, puis l’on remonte le mellah jusqu’à Bab Semmarine.

Depuis l’aéroport de Fès-Saïss

L’aéroport est au sud de la ville ; Fès el-Jdid est, avec la Ville nouvelle, le secteur historique le plus facile à atteindre en voiture, car les taxis peuvent approcher jusqu’aux portes, ce qui n’est pas le cas au cœur de Fès el-Bali. Toutes les options (grand taxi, bus, transfert privé) sont présentées dans notre guide de l’aéroport de Fès-Saïss.

Visiter Fès el-Jdid : horaires, tarif, tenue et meilleur moment

La visite de Fès el-Jdid est gratuite et possible à toute heure, puisque le quartier est une ville habitée ; les commerces de la Grande Rue ouvrent en journée, les mosquées et le palais restent fermés aux visiteurs, et le meilleur créneau est la matinée en semaine ou la fin d’après-midi, en tenue couvrant épaules et genoux.

Aucun billet n’est nécessaire, et aucune autorité ne publie d’horaires pour le quartier lui-même. Les boutiques ont des horaires propres à chaque commerçant ; beaucoup ferment ou tournent au ralenti au moment de la grande prière du vendredi, en début d’après-midi, et les rythmes changent pendant le ramadan (à vérifier sur place). L’été, la chaleur de la mi-journée rend les grandes esplanades des mechouars, sans ombre, franchement pénibles : privilégiez le matin ou l’heure qui précède le coucher du soleil, quand les murailles prennent une teinte dorée. Pendant le Festival de Fès des musiques sacrées du monde, dont les dates varient d’une édition à l’autre, l’accès aux mechouars peut être aménagé ou restreint autour des scènes ; consultez le site officiel du festival avant de caler votre promenade.

Côté tenue, Fès el-Jdid est un quartier résidentiel et conservateur, avec plusieurs lieux de culte en activité : des vêtements couvrant épaules et genoux évitent les regards appuyés, pour les femmes comme pour les hommes. Les pavés et les bordures hautes demandent des chaussures fermées. Un guide officiel n’est pas indispensable ici, contrairement à Fès el-Bali ; il devient utile si vous voulez comprendre le mellah et ses synagogues en détail.

Itinéraire conseillé dans Fès el-Jdid (2 à 3 heures)

  1. Place des Alaouites : les portes du palais royal, à regarder depuis l’esplanade.
  2. Rue des Mérinides, dans le mellah : les façades à balcons de bois et de fer forgé.
  3. Bab Semmarine : la double arche de 1924 et le marché voûté accolé.
  4. Grande Rue : la mosquée al-Hamra puis la mosquée al-Beida, en remontant vers le nord.
  5. Vieux Mechouar et Bab Dekkakin : les tours mérinides et le passage sous la porte.
  6. Nouveau Mechouar et Bab Makina : l’esplanade du festival et la façade de l’ancien arsenal.
  7. Sortie vers Jnan Sbil puis Bab Boujloud pour enchaîner avec Fès el-Bali.

L’itinéraire peut se faire dans l’autre sens si vous partez de Fès el-Bali. Dans ce cas, terminez par la place des Alaouites, où les petits taxis attendent pour rejoindre la Ville nouvelle.

Erreurs à éviter à Fès el-Jdid

Les erreurs les plus fréquentes à Fès el-Jdid consistent à croire que le palais ou les mosquées se visitent, à photographier les gardes du palais, à suivre un rabatteur qui propose de « montrer le mellah fermé », et à prévoir la promenade en plein midi d’été sur des esplanades sans ombre.

  • Chercher l’entrée du palais. Il n’y en a pas pour le public. Les portes de la place des Alaouites et les murs du Vieux Mechouar sont tout ce que l’on voit.
  • Photographier les gardes ou les agents de sécurité. Photographiez les portes, pas les personnes en faction ; si l’on vous fait signe de ranger l’appareil, obéissez sans discuter.
  • Entrer dans une mosquée. La Grande Mosquée, al-Hamra, al-Beida et Moulay Abdallah sont réservées aux musulmans. Restez sur le seuil et ne photographiez pas l’intérieur par la porte pendant la prière.
  • Croire un faux guide. Les rabatteurs qui annoncent qu’une rue est « fermée » ou qu’une synagogue « n’ouvre qu’avec eux » cherchent à vous emmener dans une boutique. Le quartier se parcourt sans aide.
  • Confondre les deux mechouars. Le Vieux Mechouar est au bout de la Grande Rue ; le Nouveau Mechouar, plus vaste, est derrière Bab Dekkakin, face à Bab Makina. Donnez-vous rendez-vous devant une porte précise.
  • Négliger le mellah. Il est à cinq minutes de Bab Semmarine ; passer à côté serait dommage.
  • Marcher en plein midi l’été. Les mechouars n’offrent quasiment aucune ombre. Emportez de l’eau.

Aux alentours de Fès el-Jdid

Autour de Fès el-Jdid, on peut enchaîner à pied le mellah et son cimetière juif au sud, le jardin Jnan Sbil et la porte Bab Boujloud au nord-est, et, en taxi, la Ville nouvelle et son avenue Hassan II au sud-ouest ; le quartier sert ainsi de trait d’union entre les trois visages de Fès.

  • Le mellah et le cimetière juif : immédiatement au sud de Bab Semmarine, avec la synagogue Ibn Danan.
  • Jnan Sbil : le jardin royal ouvert au public entre Fès el-Jdid et Fès el-Bali, pause ombragée idéale après les mechouars.
  • Bab Boujloud : la porte à zellige bleu qui ouvre sur la Talaa Kebira, grande rue de Fès el-Bali.
  • La kasbah Cherarda et Bab Segma : au nord du Nouveau Mechouar, pour les amateurs de murailles.
  • La Ville nouvelle : cafés, banques et gare, à quelques minutes de taxi de la place des Alaouites.

Depuis Bab Makina, les grands monuments de Fès el-Bali, comme la médersa Bou Inania près de Bab Boujloud, se trouvent à une vingtaine de minutes de marche : Fès el-Jdid se combine donc facilement, dans la même journée, avec une première incursion dans la vieille médina.

FAQ sur Fès el-Jdid

Les questions qui suivent sont celles que se posent le plus souvent les voyageurs avant de visiter Fès el-Jdid : prix, horaires, différence avec la vieille médina, sécurité, accès au palais et aux mosquées, temps nécessaire et place du quartier dans un séjour de deux ou trois jours à Fès.

L’entrée à Fès el-Jdid est-elle payante ?

Non, Fès el-Jdid est un quartier habité en accès libre, sans billet ni horaire d’ouverture. Vous pouvez parcourir la Grande Rue, les mechouars, Bab Semmarine et la place des Alaouites gratuitement. Seuls certains lieux voisins, comme la synagogue Ibn Danan dans le mellah, peuvent demander une contribution à l’entrée ; son montant est à vérifier sur place.

Quelle est la différence entre Fès el-Jdid et Fès el-Bali ?

Fès el-Bali est la médina fondée en 789 et 809, Fès el-Jdid la ville royale mérinide fondée en 1276. La première est un labyrinthe piéton de souks, de médersas et d’ateliers ; la seconde est organisée autour du palais royal, avec de grands axes droits, des places et une ambiance nettement plus calme. Les deux font partie du même site UNESCO.

Peut-on visiter le palais royal de Fès el-Jdid ?

Non, le palais royal (Dar el-Makhzen) n’est pas ouvert au public. Il couvre environ 80 hectares et reste une résidence royale en activité. Les visiteurs admirent ses portes monumentales de 1969-1971 depuis la place des Alaouites, et ses murs depuis le Vieux Mechouar. Photographier les portes est courant ; évitez en revanche de photographier les gardes.

Combien de temps faut-il pour visiter Fès el-Jdid ?

Comptez deux à trois heures pour Fès el-Jdid, mellah compris. Cela laisse le temps de marcher de la place des Alaouites à Bab Semmarine, de remonter la Grande Rue, de passer les deux mechouars et de ressortir par Jnan Sbil. Avec une pause au jardin et une visite de la synagogue Ibn Danan, prévoyez une demi-journée.

Les non-musulmans peuvent-ils entrer dans les mosquées de Fès el-Jdid ?

Non, les mosquées de Fès el-Jdid sont réservées aux musulmans, comme la quasi-totalité des mosquées en activité au Maroc. Cela vaut pour la Grande Mosquée, al-Hamra, al-Beida et la mosquée Moulay Abdallah. Leurs minarets et leurs portails se regardent depuis la rue ; restez discret aux heures de prière, surtout le vendredi.

Fès el-Jdid est-il un quartier sûr pour les touristes ?

Oui, Fès el-Jdid est un quartier fréquenté et globalement tranquille en journée, avec une présence policière visible autour du palais. Les précautions sont celles de toute ville animée : surveiller son sac dans la foule de la Grande Rue, ignorer les faux guides et éviter les ruelles désertes la nuit. Aucune statistique officielle par quartier n’est publiée.

Où se trouve Bab Semmarine ?

Bab Semmarine se trouve au sud de Fès el-Jdid, à la jonction entre le mellah et la Grande Rue. Porte mérinide datant d’environ 1276, elle marque l’entrée de l’axe commerçant qui mène au Vieux Mechouar. Depuis la place des Alaouites, on l’atteint en quelques minutes à pied en remontant la rue des Mérinides.

Peut-on dormir à Fès el-Jdid ?

Oui, quelques maisons d’hôtes et petits hôtels existent à Fès el-Jdid et dans le mellah, mais l’offre est bien plus réduite qu’à Fès el-Bali. L’avantage est l’accès en taxi jusqu’à proximité de la porte, pratique avec des bagages ; l’inconvénient, l’éloignement des principaux monuments de la vieille médina, à 15 à 20 minutes de marche.

En résumé

Fès el-Jdid est la ville royale fondée en 1276 par les Mérinides, organisée autour d’un palais royal fermé au public mais bordée de portes, de places et d’une Grande Rue vivante que l’on parcourt librement et gratuitement ; c’est la moitié calme et lisible du Fès historique, complément naturel de Fès el-Bali.

On y vient pour Bab Semmarine et ses arcs polylobés, pour les minarets d’al-Hamra et d’al-Beida, pour l’échelle des tours de Bab Dekkakin et l’esplanade de Bab Makina, pour la façade du palais sur la place des Alaouites et pour le mellah voisin. On n’y vient pas pour entrer dans des monuments : presque tout ce qui est remarquable se voit de l’extérieur. Réservez-lui une demi-journée, idéalement en début de séjour, et reliez-la à Fès el-Bali par Jnan Sbil. Si vous arrivez par avion, notre comparatif des transferts depuis les aéroports du Maroc vous aidera à choisir le moyen le plus simple de rejoindre la ville.

Sources officielles

Cet article est informatif. Les horaires, les tarifs, l’accès aux monuments et l’état des chantiers de restauration à Fès el-Jdid peuvent évoluer ; vérifiez sur place ou auprès des sources officielles avant votre visite.

Crédit photo

Illustrations : image à la une « File:Bab Semmarine.jpg » — Robert Prazeres (CC BY-SA 4.0) ; « File:Fes Jdid view from borj sud DSCF2438.jpg » — Robert Prazeres (CC BY-SA 4.0) ; « File:Great Mosque of Fes Jdid DSCF6782.jpg » — R Prazeres (CC BY-SA 4.0), via Wikimedia Commons.

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